19/04/2012 17:03 | Lien permanent | Commentaires (1)

mes amis comestibles

Le hareng avait de beaux yeux. Enfin, sur mon assiette, transformé en boulettes fumées sur un lit de paille, le poisson ne donnait plus guère l’occasion d’admirer son regard. Mais le maître d’hôtel était catégorique : lui-même observait régulièrement les bancs qui venaient s’installer dans les filets accueillants du pêcheur, grâce à une webcam spécifiquement destinée à cet usage, et il avait vu ce spécimen-là entre quatre yeux. Ou alors c’était son frère. Evidemment, rien ne peut assurer que seuls les poissons heureux, sainement nourris et bien élevés, se laissent prendre ainsi. Mais quand on peut vérifier de visu la frétillance du poisson juste avant d’être pêché, on a déjà fait un pas vers la traçabilité du produit. La carte, ce jour là, proposait aussi du cabillaud, lequel avait été amené au port par le bateau R200 Cometen, une référence! Et il fallait entendre le cuisinier chanter des odes sur la saveur du filet de porc (mais là, il faudra revenir quand la viande sera à son meilleur) dues aux siestes que ses cochons favoris aiment à faire sous un certain pommier, sur l’île de Bornholm, en pleine mer Baltique, au large du Danemark, de la Suède et de la Pologne.
Vous croyez que la Suisse s’en tire bien avec l’affichage de la provenance des produits? Sans aucun doute! Mais essayez seulement de dîner dans un restaurant biobranché de Copenhague et vous apprendrez ce que c’est que la proximité. Là, on fait copain-copine avec chaque crevette de fjord, on a rencontré le coquelet sous sa mousse de cresson quand il était encore œuf. J’ai trouvé presque dommage de manger des connaissances rencontrées depuis si peu de temps. Comme un acte de cannibalisme, non? Nous étions devenus intimes…
Tenez, devant ma cuisine pousse un prunier. Ces jours, il perd ses pétales en grandes bourrasques blanches. Une vraie mutation en cours! Et depuis mon escapade danoise, je regarde ces fruits naissants avec l’émotion bienveillante d’un membre de la tribu. Dire que je tutoyais presque l’abeille qui a pollinisé les fleurs... Sur la branche qui pointe au sud, un nid mignon de futurs pruneaux, Fellenberg de leur nom de famille. Il leur manque encore les prénoms: disons Nicolas, Germain et Paul, pour ces futurs compagnons de gourmandise qui me sont déjà si proches... des papilles. Peut-on croquer des petits que l’on a baptisés ? Oui, avec délice! Peut-être devrais-je même les éduquer, les saupoudrer chaque jour d’un peu de cannelle, pour qu’ils apprennent  à devenir tarte.

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je parle du restaurant Koefoed, 1301 Kobenhavn, Copenhague, tel: +45 56 48 22 24. Une adresse d'enfer!

Écrit par : renata | 20/04/2012

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