16/04/2012 17:19 | Lien permanent | Commentaires (0)

En sifflotant

Il y a du printemps dans l’air. Outre les fleurs aux arbres et les jambes enfin débottées des filles, on le voit à la tête des garçons. Enfin, quand j’écris «garçons», j’entends surtout par là ces jeunes gens sur la corde raide et tendre entre l'adolescnece et l'âge adulte. Hé bien, ce printemps, ils sont très beaux. Grâce, entre autres, à cet accessoire sorti des archives de la mode: le chapeau. Petit, léger et impertinent quand il est posé un peu vers l’arrière, joyeux comme le chant de l’oiseau qui ramène le soleil. Vous les avez sans doute croisés dans la rue, ces dandys élancés, en pantalons étroits et un peu courts sur la cheville, avec un sac à fermoir au bout du bras… et le fameux galurin en équilibre sur les cheveux. Une nouvelle élégance masculine, de quoi vous mettre de bonne humeur au petit matin, en attendant le bus.

Je pensais à eux, ces jeunes qui sortent si allégrement couverts, en suivant la polémique qui fait suite à ce crime odieux, en Floride, où un garde de quartier a abattu un adolescent noir de 17 ans, sous prétexte qu’il lui semblait menaçant, planqué sous sa capuche. A la une des journaux, on a ensuite vu le membre de congrès de l’Illinois, Bobby Rush, se déguiser en délinquant, en plein parlement, pour dénoncer les préjugés raciaux et vestimentaires: il a enlevé sa veste de costume et enfilé un de ces pulls en coton que l’on appelle «hoodies». Et voilà, magie et métamorphose: une dégaine à se faire contrôler le permis de séjour dans les transports publics.

En fait, ce n’est pas tant la capuche en soi que la manière de la porter. Sagement étalé sur la nuque, le vêtement émet les signaux de la coolitude juvénile, quel que soit l’âge de son porteur. Sur un basketteur au bord du terrain, elle signifie qu’il ne faut pas attraper froid après l’effort. Mais bien rabattue sur les sourcils, dans le train, le café ou devant la caisse du supermarché, on évolue tout de suite dans un autre registre. La capuche, c’est comme la coquille de l’escargot, qui permet de se retirer du monde à l’envie. Un refuge qui dit: «Circulez, je ne suis pas là pour vous, vous ne m’avez même pas vu.» A l’inverse, le chapeau de la mode actuelle ne demande qu’à être levé pour souhaiter le bonjour. Le geste effectif n’a jamais lieu, évidemment, ces temps-là sont révolus, mais n’empêche: on y voit comme la possibilité d’une gaîté, on entend presque siffloter Charles Trenet.

Alors, rossignol ou escargot? Les vrais délinquants auraient avantage à se mettre en mode chapeau. Les passants se feraient détrousser le sourire aux lèvres, ni vu ni connu.

 

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