02/04/2012 18:25 | Lien permanent | Commentaires (0)

J’ai dit: warf!

Depuis trois semaines, je m’entraîne assez sérieusement dans le parler chien. Pas le choix: avec le beau temps, je me suis remise à la course à pied. Les bourgeons, la tiédeur de l’air, les kilos de l’hiver et tout ce genre de choses. Visiblement, la population canine de la région a répondu au même appel fitness. Et voilà qu’à la tombée du jour, bipèdes et quadrupèdes trottinons de concert sur le même sentier de copeaux de bois qui serpente entre chênes, ronces et sureaux. Nous partageons raidillons et pulsations, plaisir et vapeurs, la seule différence c’est que, eux, ne portent pas de musique en écouteurs.

Je n’ai rien contre les chiens – tant qu’une distance raisonnable nous sépare. Mais le savent-ils seulement? Comme les toutous de la piste Vita font généralement leur jogging en solo (les maîtres se tiennent au bord de la voie, le sachet de plastique vert dans une main, la laisse pendouillant dans l’autre, et essaient des «Choupette?» vaguement inquiets qui se perdent dans la verdure ambiante), j’ai entrepris de dialoguer avec mes coéquipiers pantelants en direct. En autodidacte aussi, parce que je n’ai pas pris le temps de relire Stanley Coran, le gourou américain de l’expression canine. Bref, voilà ma technique: quand un chien arrive en sens inverse, je ne lâche pas sa rétine de la mienne et lui parle sec: «Dis donc, Médor, tu gardes ta droite, je garde la mienne, on se croise à 50 centimètres d’écart et on passe chacun son chemin sans se retourner. C’est clair?» Pour les grandes espèces, genre Berger des Pyrénées, cette autorité de cheffe de meute fonctionne à peu près et nous filons tous deux bien droit. Chacun sa trace, respect , dans cette belle collaboration humano-canine régulée par 31'000 ans de domestication mutuelle. C’est plus compliqué avec les toutous de poche. Allez donc établir un contact oculaire avec une serpillière qui jappe à hauteur de socquette et dont la frange couvre jusqu’à  la truffe. Il faudrait ramper pour se faire comprendre. Alors j’essaie de hausser le ton: «Warf, warf, on dégage le passage, siouplé!» Autant dire que la pelote poilue se trémousse avec une joie redoublée. Depuis le temps que je la croise, elle n’a toujours pas compris que je ne transporte pas de baballe. Comment dit-on «Arrête de baver sur mes baskets!» en bichonnais?

Si je peux me permettre d’exprimer un vœu printanier, je souhaite à tous les propriétaires de chiens d’éprouver, eux aussi, des envies de course, nez au vent. Je leur cède volontiers mes instants de tête-à-tête complice avec leur animal familier. Je suis une fille partageuse.

 

 

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