23/03/2012 13:38 | Lien permanent | Commentaires (0)

Mon royaume pour un bébé fennec

Pourquoi préfère-t-on à ce point les bébés aux adultes, quelle que soit l’espèce? L’autre soir, ma fille feuilletait le magazine du WWF quand tout à coup un vibrato de OoOOooOOooH s’est élevé dans le salon. Elle était tombée sur la page 18, soit la photo d’un jeune fennec de poche, duveteux comme une peluche. La même publication proposait un article poignant sur les braconniers qui déciment les rhinocéros, un appel de Donna Leon en faveur de l’économie d’eau, une analyse économique des principes de la croissance durable… Ben, non! Il n’y a en eu que pour le fennec. Par pur esprit de contradiction, j’ai essayé de faire valoir que cette bestiole-là transpirait par les oreilles (j’avais lu le magazine avant ma descendance) et haletait jusqu’à 690 fois par minute quand il faisait chaud, que ça ne devait pas être joli-joli à regarder. Rien à faire. Contrairement au rhinocéros de Java, dont les quarante derniers spécimens auraient mérité toute la sympathie du lectorat, le canidé «teeeeellement chououou» avait une nouvelle amie.

Je m’apprêtais à ironiser sur ces jeunes juste sortis de l’œuf, qui s’extasient sur à peine plus petit que soi, même que l’on dirait qu’ils s’attendrissent sur eux-mêmes dans le miroir, mais bon, il était tard, un moment de lassitude, j’ai zappé sur le 19:30. J’avais bien fait de me taire. Un des reportages, dans la foulée de la votation sur les résidences secondaires, montrait le succès de la station de sports autrichienne d’Irschgl, où il n’y a pas de lit froid. Rien à voir avec mes histoires de bébés mignons versus adultes sans intérêt? Laissez-moi terminer! Le petit film a visiblement été tourné ces derniers jours, hors vacances scolaires, sans un enfant/poussin craquant à l’horizon. A l’image, il n’y avait que des marabouts déplumés, la démarche saccadée dans leurs chaussures de ski, le bout du nez rougi et pelé. J’avais beau me concentrer sur le commentaire avisé, cette station ne faisait pas envie. Rien qui vous fasse fondre (la neige, elle, l’était déjà), personne à serrer contre soi. Si on veut donner de l’inspiration au tourisme valaisan, il va falloir refaire le même reportage à Noël, avec d’autres protagonistes. On y mettra des étoiles dans les yeux des petits, des sourires troués des dents de lait manquantes, des battements de bras dans la poudreuse pour dessiner des anges à côté de la piste. Alors là, oui, le modèle économique commencera à ressembler à quelque chose…

Pourvu que l’UDC n’ait pas l’idée d’envoyer ses membres sur les marchés du pays, avec des chiots Saint-Bernard dans les bras… Cela risquerait encore de nous provoquer une montée de sentimentalisme patriotique.

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