24/02/2012

Bourdonne toujours!

Le garagiste ne pensait pas à mal quand il m’a tendu la clé de la voiture de service, en remplacement provisoire de ma cabossée. «C’est la même que la vôtre, en plus moderne», a-t-il dit. J’imagine qu’il voulait rassurer la brune qu’il prenait pour une blonde ou la blonde déguisée en brune (peu importe, dans son regard, il clignotait «attention, femme au volant!»). Le fait demeure qu’il a perdu une cliente. Pas pour ses regards inquiets face à ma conduite prétendument féminine – je n’ai besoin de personne pour savoir que je conduis distrait, je travaille au problème. Non, l’erreur qu’il a commise a été d’attirer mon attention sur la différence entre les anciens et les modernes de l’ère voituresque. Qu’est-ce qu’elle a de tellement mieux, la nouvelle, que ma préado rouge sur 4 roues?

J’ai remarqué la fluidité du levier des vitesses, la ligne épurée du tableau de bord, les cadrans de vitesse dessinés comme pour faire la course, les connections pour les joujoux à musique et tout le tralala. J’en étais pratiquement sur le point d’envisager un changement de véhicule pour me remettre à la page, quand est arrivé le moment du parcage. Et là, je me suis brouillée d’un coup avec la modernité. Il faut dire que je déteste faire des créneaux attachée au siège et que les voitures contemporaines sont des rapporteuses. Dès que la ceinture de sécurité se décroche, c’est l’esclandre. Tidi-tidi-tidi, bourdonne la bagnole, sur un ton sourd et menaçant, pendant que je recule en biais. Comme l’affaire tarde, le bourdon se mue en moustique irrité, toujours plus aigu, toujours plus agacé. Au moment de couper le contact, j’ai l’impression d’être assise au milieu d’un essaim hystérique. Coince-toi les mandibules, gros insecte de ferraille!

Les appareils modernes sont mal élevés. Ils ne gardent aucun secret. L’étape suivante? L’auto avertira directement le commissariat si la conductrice se remaquille au feu rouge. Et je me réjouis de voir arriver sur le marché des machines à café qui se mettent à biper à tout va au deuxième latte macchiato, sous prétexte que c’est dangereux pour les artères. Le fer à repasser? Il vous dénoncera à grands hululements si votre textile n’est pas biodégradable. Et je n’ose même pas imaginer l’aspirateur qui claironne à tout le quartier que la poussière a atteint le niveau d’alerte derrière le piano.

Je ne peux rien contre les évolutions technologiques qui rendent nos auxiliaires de plus en plus intelligents. Mais en attendant qu’ils acquièrent aussi un minimum de savoir-vivre, je garde ma vieille voiture. Elle est muette, mais au moins elle ne cherche pas la dispute.

Bourdonne toujours!

Le garagiste ne pensait pas à mal quand il m’a tendu la clé de la voiture de service, en remplacement provisoire de ma cabossée. «C’est la même que la vôtre, en plus moderne», a-t-il dit. J’imagine qu’il voulait rassurer la brune qu’il prenait pour une blonde ou la blonde déguisée en brune (peu importe, dans son regard, il clignotait «attention, femme au volant!»). Le fait demeure qu’il a perdu une cliente. Pas pour ses regards inquiets face à ma conduite prétendument féminine – je n’ai besoin de personne pour savoir que je conduis distrait, je travaille au problème. Non, l’erreur qu’il a commise a été d’attirer mon attention sur la différence entre les anciens et les modernes de l’ère voituresque. Qu’est-ce qu’elle a de tellement mieux, la nouvelle, que ma préado rouge sur 4 roues?

J’ai remarqué la fluidité du levier des vitesses, la ligne épurée du tableau de bord, les cadrans de vitesse dessinés comme pour faire la course, les connections pour les joujoux à musique et tout le tralala. J’en étais pratiquement sur le point d’envisager un changement de véhicule pour me remettre à la page, quand est arrivé le moment du parcage. Et là, je me suis brouillée d’un coup avec la modernité. Il faut dire que je déteste faire des créneaux attachée au siège et que les voitures contemporaines sont des rapporteuses. Dès que la ceinture de sécurité se décroche, c’est l’esclandre. Tidi-tidi-tidi, bourdonne la bagnole, sur un ton sourd et menaçant, pendant que je recule en biais. Comme l’affaire tarde, le bourdon se mue en moustique irrité, toujours plus aigu, toujours plus agacé. Au moment de couper le contact, j’ai l’impression d’être assise au milieu d’un essaim hystérique. Coince-toi les mandibules, gros insecte de ferraille!

Les appareils modernes sont mal élevés. Ils ne gardent aucun secret. L’étape suivante? L’auto avertira directement le commissariat si la conductrice se remaquille au feu rouge. Et je me réjouis de voir arriver sur le marché des machines à café qui se mettent à biper à tout va au deuxième latte macchiato, sous prétexte que c’est dangereux pour les artères. Le fer à repasser? Il vous dénoncera à grands hululements si votre textile n’est pas biodégradable. Et je n’ose même pas imaginer l’aspirateur qui claironne à tout le quartier que la poussière a atteint le niveau d’alerte derrière le piano.

Je ne peux rien contre les évolutions technologiques qui rendent nos auxiliaires de plus en plus intelligents. Mais en attendant qu’ils acquièrent aussi un minimum de savoir-vivre, je garde ma vieille voiture. Elle est muette, mais au moins elle ne cherche pas la dispute.

13/02/2012

Temps de chien

La croûte de neige est si dure, en forêt, qu'on ne s'enfonce même plus et le soleil ne trompe personne: il fait froid - un froid de canard, pour un temps de chien… Le froid de canard, je suis prête à imaginer: l'expression vient de l'univers de la chasse, quand il fallait attendre que le colvert quitte son étang gelé pour s'en aller barboter en eau vive, ce qui le rendait à la fois plus proche et plus visible pour le gourmand frigorifié planqué derrière son fusil. Mais temps de chien? Qu'y a-t-il de canin dans cet air si sec qu'on l'entend presque craquer contre ses joues, dans cette lumière transparente comme un frisson? Rien, pensais-je, et j'étais prête à me satisfaire de cette explication canophobe qui veut que toute expérience désagréable soit d'une manière ou d'une autre liée à la gent aboyante. Humeur de chien, chienne de vie… Non que cela me préoccupe plus que ça, j'ai d'autres chiens… oups: chats à fouetter.

Mais l'évidence m'a frappée l'autre matin en pleine rue: la formule "temps de chien" est en train de prendre une toute nouvelle connotation. Aujourd'hui, à l'ère du cabot chéri, il faut entendre par là une météo à faire parader les toutous sur les avenues. J'ai d'abord aperçu mon indice distraitement, du coin de l'œil. Et j'ai fait comme dans les dessins animés: vous savez, quand il y a arrêt sur image, que le personnage reste figé dans sa course un genou en avant, avant de repartir - rewind - vers l'arrière. Revenue donc sur mon pas, je l'ai regardé en détail, le caniche blanc et tremblotant. Il n'avait pas franchement l'air d'un tueur. Pourtant, il était emmailloté jusqu'au bout de la truffe dans une parka camouflage. Tu parles, d'un Rambo! Du coup, j'ai regardé différemment les canins de sortie. Dans les bois du Jorat, ils la jouaient sobre, très vieille Angleterre, assortis aux chevaux en balade avec leur pardessus vert et ciré. Il y avait aussi quelques chiens tous nus - mais bon, c'étaient des huskies qui en ont vu d'autres. Le reste, en ville? Très créatif! Pull rayé a la Sonia Rykiel, doudoune matelassée comme un ado, col roulé noir d'architecte, survêtement de jogging avec du strass sur le dos et aussi un truc layette, comme taillé pour un poupon qui serait finalement né poilu. A posteriori, il me paraissait moins seul, moins risible, mon premier frisé en tenue militaire.

Mais je tiens à décerner un prix de dérision personnel à ce basset qui portait beau sous sa capuche… de fourrure. Poil vrai, poil synthétique, qui est plus toc, mon toutou? Une vraie mise en abyme de la condition canine et des vanités humaines. J'aime bien les temps de chien: c'est spectacle au raz du trottoir.

 

 

07/02/2012

Le pouvoir du kangourou

Qui veut le slip de Beckham? Bon, allez les filles, on se calme, on arrête de crier «Moi, moi, moi!» en chavirant et on examine la chose posément (je parle toujours du slip, là). Nous avons donc affaire à un kangourou de base, assez sommairement blanc ou noir, avec une large ceinture élastique marquée du tout nouveau logo «David Beckham bodywear». Suspendu anonymement sur un présentoir, il n’a vraiment pas de quoi donner des vapeurs à la passante. Mais le même slip scénographié par Beckham… voilà qui incite à un second regard. Voire un troisième, et plus si entente.

Depuis le début de la semaine, le clip publicitaire H&M qui met en scène le footballeur en petite tenue fait un buzz planétaire. Les bloggeuses de mode et autres voyeuses online  le regardent en boucle sur YouTube et l’envoient comme cadeau électronique à leurs copines. Elles y ajoutent des commentaires genre «miam» ou «yummy!» - et il est difficile de leur donner entièrement tort. Je vous résume: on y voit Beckham en plein déploiement de nudité virile, tandis qu’une caméra parcourt son corps de statue grecque avec gourmandise. De très près. Demi-sourires, pattes-d’oie exquises quand il plisse les yeux, torse épilé, tatouages comme des tableaux mouvants et douce ligne velue sous le nombril. Trente et une secondes de pure expérience esthétique. Et accessoirement, une vraie cure de bonne humeur, à en juger par la démarche sautillante et l’œil alerte de mes collègues de bureau après visionnement (moi incluse, naturellement, qui ne pensais pourtant pas être le genre à mater des footballeurs sur Internet). D’ailleurs, méfiez-vous! L’effet est addictif: vous risquez de vous retrouver à suivre les matches du super bowl, où les clips passent durant la pause… Un simple slip peut décidément ouvrir de nouveaux horizons.

Que les femmes adorent, l’affaire est entendue. A partir de là, les dessous vont forcément se vendre, d’autant qu’à 14 fr. 90, on peut facilement en faire provision. Mais une question cruciale se pose: est-ce une bonne idée? Je nourris, quant à moi, quelques inquiétudes pour l’harmonie des couples. Car, franchement, laquelle dispose de son Beckham perso à mettre dans le slip?

Vous voyez la scène? Madame rentre radieuse de sa séance shopping, des dessous surprise plein les bras… Il aura l’air malin, Monsieur, à se peinturlurer le biceps pour y inscrire des paysages chinois. Et à rentrer le ventre pour que l’élastique ne lui blesse pas l’abdomen. Est-ce que ça va lui faire vraiment plaisir de porter un slip Beckham?

Disons que si j’étais un homme, même musclé et bien de sa personne, j’éviterais les comparaisons. J’emmènerais la femme de ma vie loin des bruits et des images du monde, durant les quelques semaines à venir. Au sommet d’une montagne, par exemple, dans un endroit où il y aurait juste une couette douillette et pas l’ombre d’une connexion internet. Tu en dis, Chéri?

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