24/02/2012 15:39 | Lien permanent | Commentaires (0)

Bourdonne toujours!

Le garagiste ne pensait pas à mal quand il m’a tendu la clé de la voiture de service, en remplacement provisoire de ma cabossée. «C’est la même que la vôtre, en plus moderne», a-t-il dit. J’imagine qu’il voulait rassurer la brune qu’il prenait pour une blonde ou la blonde déguisée en brune (peu importe, dans son regard, il clignotait «attention, femme au volant!»). Le fait demeure qu’il a perdu une cliente. Pas pour ses regards inquiets face à ma conduite prétendument féminine – je n’ai besoin de personne pour savoir que je conduis distrait, je travaille au problème. Non, l’erreur qu’il a commise a été d’attirer mon attention sur la différence entre les anciens et les modernes de l’ère voituresque. Qu’est-ce qu’elle a de tellement mieux, la nouvelle, que ma préado rouge sur 4 roues?

J’ai remarqué la fluidité du levier des vitesses, la ligne épurée du tableau de bord, les cadrans de vitesse dessinés comme pour faire la course, les connections pour les joujoux à musique et tout le tralala. J’en étais pratiquement sur le point d’envisager un changement de véhicule pour me remettre à la page, quand est arrivé le moment du parcage. Et là, je me suis brouillée d’un coup avec la modernité. Il faut dire que je déteste faire des créneaux attachée au siège et que les voitures contemporaines sont des rapporteuses. Dès que la ceinture de sécurité se décroche, c’est l’esclandre. Tidi-tidi-tidi, bourdonne la bagnole, sur un ton sourd et menaçant, pendant que je recule en biais. Comme l’affaire tarde, le bourdon se mue en moustique irrité, toujours plus aigu, toujours plus agacé. Au moment de couper le contact, j’ai l’impression d’être assise au milieu d’un essaim hystérique. Coince-toi les mandibules, gros insecte de ferraille!

Les appareils modernes sont mal élevés. Ils ne gardent aucun secret. L’étape suivante? L’auto avertira directement le commissariat si la conductrice se remaquille au feu rouge. Et je me réjouis de voir arriver sur le marché des machines à café qui se mettent à biper à tout va au deuxième latte macchiato, sous prétexte que c’est dangereux pour les artères. Le fer à repasser? Il vous dénoncera à grands hululements si votre textile n’est pas biodégradable. Et je n’ose même pas imaginer l’aspirateur qui claironne à tout le quartier que la poussière a atteint le niveau d’alerte derrière le piano.

Je ne peux rien contre les évolutions technologiques qui rendent nos auxiliaires de plus en plus intelligents. Mais en attendant qu’ils acquièrent aussi un minimum de savoir-vivre, je garde ma vieille voiture. Elle est muette, mais au moins elle ne cherche pas la dispute.

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