13/02/2012 11:44 | Lien permanent | Commentaires (0)

Temps de chien

La croûte de neige est si dure, en forêt, qu'on ne s'enfonce même plus et le soleil ne trompe personne: il fait froid - un froid de canard, pour un temps de chien… Le froid de canard, je suis prête à imaginer: l'expression vient de l'univers de la chasse, quand il fallait attendre que le colvert quitte son étang gelé pour s'en aller barboter en eau vive, ce qui le rendait à la fois plus proche et plus visible pour le gourmand frigorifié planqué derrière son fusil. Mais temps de chien? Qu'y a-t-il de canin dans cet air si sec qu'on l'entend presque craquer contre ses joues, dans cette lumière transparente comme un frisson? Rien, pensais-je, et j'étais prête à me satisfaire de cette explication canophobe qui veut que toute expérience désagréable soit d'une manière ou d'une autre liée à la gent aboyante. Humeur de chien, chienne de vie… Non que cela me préoccupe plus que ça, j'ai d'autres chiens… oups: chats à fouetter.

Mais l'évidence m'a frappée l'autre matin en pleine rue: la formule "temps de chien" est en train de prendre une toute nouvelle connotation. Aujourd'hui, à l'ère du cabot chéri, il faut entendre par là une météo à faire parader les toutous sur les avenues. J'ai d'abord aperçu mon indice distraitement, du coin de l'œil. Et j'ai fait comme dans les dessins animés: vous savez, quand il y a arrêt sur image, que le personnage reste figé dans sa course un genou en avant, avant de repartir - rewind - vers l'arrière. Revenue donc sur mon pas, je l'ai regardé en détail, le caniche blanc et tremblotant. Il n'avait pas franchement l'air d'un tueur. Pourtant, il était emmailloté jusqu'au bout de la truffe dans une parka camouflage. Tu parles, d'un Rambo! Du coup, j'ai regardé différemment les canins de sortie. Dans les bois du Jorat, ils la jouaient sobre, très vieille Angleterre, assortis aux chevaux en balade avec leur pardessus vert et ciré. Il y avait aussi quelques chiens tous nus - mais bon, c'étaient des huskies qui en ont vu d'autres. Le reste, en ville? Très créatif! Pull rayé a la Sonia Rykiel, doudoune matelassée comme un ado, col roulé noir d'architecte, survêtement de jogging avec du strass sur le dos et aussi un truc layette, comme taillé pour un poupon qui serait finalement né poilu. A posteriori, il me paraissait moins seul, moins risible, mon premier frisé en tenue militaire.

Mais je tiens à décerner un prix de dérision personnel à ce basset qui portait beau sous sa capuche… de fourrure. Poil vrai, poil synthétique, qui est plus toc, mon toutou? Une vraie mise en abyme de la condition canine et des vanités humaines. J'aime bien les temps de chien: c'est spectacle au raz du trottoir.

 

 

Les commentaires sont fermés.