31/10/2012 09:07 | Lien permanent | Commentaires (0)

Le caniche en moi

 

Le coiffeur auquel je suis fidèle depuis une éternité est un homme romantique. Il aime les relations intenses, avec des surprises à la clé. Quand donc il m’a fait une scène genre vieux couple l’autre jour, j’ai vite compris que c’en était fini de ma coupe au carré. Il l’a jouée sur le ton de «Rien ne va plus, toi et moi on commence à s’ennuyer ensemble, on fait tout le temps la même chose. Il nous faut des projets, de la nouveauté.» Il m’a sorti une pile de magazines avec des stars en cheveux, il a agité son ciseau et a arboré une mine de thérapeute en situation d’urgence. Y a t-il femme assez sotte pour ne pas s’enfuir quand se mettent à voler des adjectifs aussi terrifiants que «jeune», «facile», «fun»? Oui, moi. J’ai eu un instant de faiblesse et j’ai laissé l’homme faire son métier, après tout, il doit savoir ce qu’il fait.

 

Le doute est survenu au moment du séchage la tête en bas, quant il s’est agi d’éduquer les mèches à faire ressorts, pour un coiffé-décoiffé totalement mode. J’ai donc appris qu’un cheveu, ça se dressait comme un chien. Il suffisait de lui enseigner l’art de boucler. Avec un sèche-cheveux à diffuseur et une mousse à frisotter. Et de l’autorité naturelle? C’est pas gagné, cette histoire… Le premier après-midi a été très bien, ondulé et tout, tignasse en liberté à peu près contrôlée. Ça s’est vite gâté ensuite, quand j’ai essayé de recréer l’effet avce mes petites mains: pas réussi à réveiller le caniche en moi. A l’évidence, j’ai plutôt les prédispositions génétiques d’un épagneul à longues bouclasses tristasses et molasses. Alors quand même mon collègue du service des sports – peu enclin d’ordinaire à s’inquiéter du respect du style dans les bureaux – est venu me demander pourquoi j’avais de nouveau changé de coiffure après mes jolies vagues de l’autre jour, j’ai failli le mordre. «Ouais ben parce que j’arrive pas à refaire!» ai-je aboyé d’en-dessous des pinces et barrettes qui essayaient de donner une forme au tas que j’avais sur la tête.

 

Aujourd’hui dimanche, mes mèches et moi avont rendez-vous pour une nouvelle session de dressage capillaire. Assis, debout, ondulé: cheveu à ta maîtresse tu obéiras.

 

Le problème, c’est qu’un dimanche ne suffit pas. L’éducation est un métier à plein temps. Il faudrait que j’équipe mon club de fitness du matériel pour fabriquer des boucles. Que j’investisse dans une enquête comparative entre les produits frisant du marché. Que je trouve un moyen pour entretenir l’élégant fouillis en froissant les mèches à pleines mains, tout au long de la journée – comme prescrit – sans pour autant renoncer à tapper sur mon clavier. Tout ça sans irriter mes collègues avec mon nouveau tic. Ou alors dormir en bigoudis ?

 

Bon, on se calme: il ne s’agit que de cheveux. La bonne nouvelle? Il y a de très jolis bonnets, pour l’hiver.

 

 

 

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