23/01/2012 08:27 | Lien permanent | Commentaires (0)

La surprise du poisson rouge

La surprise du poisson rouge

 

Julianna Margulies avait déjà gagné un Golden Globe  il y a deux ans, pour sa prestation d’actrice dans la série «The good wife», ce qui explique sans doute que, bien que nominée, elle ne l’a pas remporté une deuxième fois dimanche dernier. Peut-être… Mais c’est vraiment dommage. D’une part, parce que la série (fort bien construite) met en scène l’épouse d’un politicien éclaboussé par le scandale, qui décide de prendre sa carrière en main et devient avocate à succès. A la télévision, les femmes fortes et pas garces sont suffisamment rares pour que cela mérite une récompense – on va dire que c’est le globe d’or de 2010. Mais il y a plus. Au fil des épisodes (on est entre deux saisons sur les télévisions francophones, ces temps, mais pas grave, tout ça se regarde fort bien en DVD), je reste scotchée par la manière dont Julianna Margulies réinvente l’art de la mimique. On croyait les yeux seuls capables de véhiculer les sentiments? Hé bien pas du tout: l’actrice démontre que diverses torsions et ouvertures de bouche font parfaitement l’affaire. J’aimerais lui attribuer ici solennellement, en lieu et place d’un second globe, le trophée de la première actrice de l’ère post-plastique.

Je m’explique. Qu’il s’agisse de botox, de fer à repasser ou de don de la nature, peu importe: dans la série, l’avocate Alicia porte des sourcils haut arqués, des mirettes écarquillées en étoiles et un front aussi lisse qu’une patinoire fraîchement rabotée par la surfaceuse. Vous imaginez? Bien! Alors posez cette joliesse sur le haut du visage, comme un masque, et n’y touchez plus. C’est l’allure Alicia Florrick, femme de droit et de sang froid.

Le problème, c’est qu’à part l’impassibilité décorative, il faudrait tout de même que le personnage manifeste quelques autres émotions de base, ce qui est vite compliqué quand on est immobile du nez à la racine des cheveux. Et c’est là que Julianna Margulies fait fort: avec le même répertoire expressif qu’un poisson rouge, elle parvient à se faire comprendre. Elle est surprise? Elle penche le front en avant et entrouvre les lèvres. Fâchée? Elle abaisse sa mâchoire inférieure. Méfiante? Elle croise les bras sur son blaser. Emoustillée? Elle se détourne en couvrant sa bouche et ceux qui regardent en VO avec sous-titres anglais peuvent lire «she chuckles» - «elle pouffe».

A l’évidence, cette femme-là est une pionnière, elle invente à elle seule la communication humaine de demain, quand nous serons tous beaux et plastifiés. Regardez et exercez-vous: demain est peut-être déjà arrivé.

 

 

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