08/01/2012 08:39 | Lien permanent | Commentaires (0)

Le fantôme du lave-vaisselle

Au secours, le lave-vaisselle est hanté! Je ne sais pas ce qui lui arrive… Oh, il lave bel et bien, les verres brillent raisonnablement, il ne fait pas plus de bruit qu’un chaton de douce humeur. Tout juste. Mais c’est étrange: ce truc-là est toujours plein. Quand, le matin, j’entrouvre une paupière hagarde, prête à troquer mon âme contre un café serré: il faut d’abord vider la machine. Le soir, en rentrant du boulot, le sac de course sous un bras, les dossiers en rade sous l’autre, le dîner déjà presque en retard: il faut d’abord vider la machine. Au milieu de la nuit, quand j’émerge d’un bon film et m’apprête à disposer de la coupelle de gingembre confit grignoté devant l’écran (je sais, mauvais point diététique): il faut d’abord vider la machine. Nom d’une pastille de lavage parfumée au citron, d’où sort toute cette vaisselle?

Hypothèse 1: elle pousse toute seule. A l’abri de la porte fermée, elle se démultiplie discrètement, enfantant toujours plus d’assiettes blanches. C’est l’immaculée conception, version ménagère. Hypothèse 2: je suis victime d’hallucinations, ce n’est même pas vrai que je suis la seule à ranger dans cette famille. Hypothèse 3: les autres humains de la maisonnée, pourtant dotés d’un réseau neuronal tout à fait opérationnel, savent mettre la vaisselle sale dans la machine, mais pas en sortir la propre. Le mouvement inversé semble beaucoup plus complexe que le geste original. Pourquoi ai-je tendance à pencher pour cette dernière explication?

La généralisation du lave-vaisselle dans les cuisines a accéléré le processus de nettoyage et diminué la grogne autour de l’évier. Mais visiblement, la magie électroménagère n’est pas encore assez magique: il faudrait une machine qui fasse voler la vaisselle sur les étagères. Les conciliabules éducatifs se sont déplacés de l’acte lui-même (laver-essuyer-ranger) sur la gestion des appareils (qui pèse sur le bouton?). Dans les familles avec adolescents, chaque geste se négocie âprement dans les fratries, avec des calendriers, des tours et des marchandages sur le thème «Je débarrasse la table, mais c’est toi qui l’essuies». Variante: «J’ai déjà rempli la machine hier». Dans l’effervescence d’après-repas, quand tout le monde s’active encore vaguement dans la cuisine, on arrive à peu près à vérifier que le boulot soit fait. C’est plus compliqué à contrôler une heure plus tard, dans une pièce vide. Et c’est là, dans les rares moments sans supervision directe et regards menaçants, que la vaisselle stagne en machine. Question: Y a-t-il un truc, pédagogiquement parlant, pour inciter sa progéniture à des actes spontanés…?

 

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