01/01/2012 08:39 | Lien permanent | Commentaires (1)

Une ourse sur sa banquise

Incroyable, non? Le monde ne s’est pas arrêté hier sur le coup de minuit, lors de cet infime instant nébuleux quand une année cesse et que la suivante commence. Après quelques St-Sylvestre de pratique, on pourrait pourtant arrêter d’être surpris. On devrait avoir compris qu’il n’y a rien – pas de mur, pas d’obstacle, pas de châtiment, mais pas de sucette non plus – qui marque le passage. Juste un baiser sous le gui, pour les plus traditionalistes d’entre nous, enivrant sans doute mais enfin pas de quoi renverser le cours des jours. Et pourtant! Tout le mois de décembre a été une longue course-poursuite pour que tout soit terminé, bouclé, rangé, étiqueté avant la date butoir d’hier. En vrac: les budgets 2012, les soldes de vacances, les soirées d’entreprises, les divers Noëls successifs, les cadeaux qui vont avec, les grands rangements des maisons, les déjeuners entre amis comme si c’était la dernière fois, les travaux en cours, les dossiers en retard, les cartes de vœux, l’équipement de sports de neige des petits qui ont grandi depuis mars dernier. Ouf, on reprend son souffle. Autre chose sur votre check-list pour pouvoir commencer l’année à neuf?

En superstitieuse assumée tendance bonne élève, j’avais ma liste sur un grand billet jaune autocollant – de ceux qui sont en voie d’être détrônés par les applications électroniques, mais je tiens à la satisfaction ancestrale de pouvoir biffer les tâches accomplie d’un gros trait de feutre noir – et j’ai tout bien terminé. Si le monde avait cessé de tourner, j’aurais eu fini mes devoirs, Madame la maîtresse! Sauf qu’il n’y aurait eu personne pour me filer une gommette avec une coccinelle pour me féliciter de mon effort.

Bref, vous me voyez en ces premières heures du premier jour du premier mois de l’année, comme une ourse polaire sur sa banquise: en blanc sur blanc. Et pas seulement parce que c’est la saison du ski. Un agenda vide (ou presque…), des projets professionnels pas encore commencés, une foule de rendez-vous suspendus dans les limbes du futur où tout reste à écrire, une année entière à inventer. Le bonheur suspendu.

Là, on ferme les yeux et on savoure.

Je le sais hélas de tous les anciens 1er janviers, la sensation dure rarement au-delà de midi. Comme les banquises exposées aux dioxydes de carbone, mon espace mental de tous les possibles fond à grande allure. J’entends déjà le téléphone qui sonne. Ma messagerie électronique barbouille le jour de nouvelles pas toutes jolies. Je vais piocher au fond du réfrigérateur un reste de foie gras de l’an dernier. Voilà comment on se fait rattraper par le passé. Vite, une boîte de crayons de couleur pendant que la page est encore vierge.

Commentaires

"oh temps suspens ton vol" disait Lamartine au bord d'un lac qui n'était pas en Suisse. Comme on aimerait profiter de cet entre-deux ans pour rester suspendus en arrêt, en stoppant ce chrono infernal qui nous entraine inéluctablement vers notre avenir ! Rester en suspension en apesanteur en méditant sur notre vie et échapper à la vieillesse qui nous fait quelques signes à l'horizon. Tabernacle !!! Si on s'arrête en vol c'est l'apesanteur qui prend le dessus, et même en planant le sol redevient notre destination d'origine. Alors il faut reprendre les gouvernes, trouver les courrants ascendants pour mieux planer, et controler le mieux possible l'atterrissage ...

Écrit par : Jean Louis VUITTON | 01/01/2012

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