25/12/2011

Ecureuils de Noël

Voilà, c’est fait: encore aujourd’hui et Noël est derrière. Voilà donc le moment de boucler les comptes. Les femmes post-festives additionnent mentalement le nombre de calories qu’elles se sont envoyées lors des réveillons successifs et établissent d’ores et déjà le régime 215 calories par jour qu’elles envisagent de suivre… Oh, facile 18 heures d’affilée. Les hommes eux, font l’inventaire de leur cave et se demandent d’où sortent, nom d’un tire-bouchon survolté, ces cadavres de bouteilles par douzaines. Cliché, cette répartition des rôles? Et comment! N’empêche que, dans ma longue pratique des calculs de couple, c’est encore souvent dans ce sens que l’arithmétique se pratique.

J’ignore s’il faut s’en réjouir, mais la génération montante fait preuve de bien plus d’égalitarisme en matière d’addition. Pour le coup, à l’heure qu’il est, filles et garçons sont identiquement accrochés à leur calculette et comparent les bénéfices de la saison festive. Certains de ceux qu’il m’est donné de côtoyer affichent un total de 420 francs dans la caisse enregistreuse et se félicitent de faire partie d’une famille composée, décomposée, rafistolée – ça paie drôlement plus sous le sapin! Et les voilà accrochés à leur liasse de bons d’achats, comme des écureuils névrosés assis sur leur tas de noisettes: approche pas, touche pas, c’est rien qu’à moi.

Dans les livres d’images, pourtant, Noël est le moment du partage. Version ancestrale: «Viens manger ma mandarine avec moi». Version plus actuelle: «Viens dégommer des ultranationalistes russes sur ma Xbox 360, j’ai reçu Call of Duty MW3.» Mais même cette vision disons… adrénaline de la joie natale mutuelle est en train de battre de l’aile. Sous le sapin, il n’y a plus de cadeau, juste des bons. Un sondage de novembre dernier le confirme d’ailleurs: un Suisse sur trois souhaitait recevoir un bon d’achat. En deuxième place du hit-parade des vœux? Des bons de voyage! Certes, en tant que Mère Noël attitrée, la tendance simplifie la vie: plus besoin de traîner des paquets enrubannés dans une hotte, une minaudière de soirée suffit au transport de quelques enveloppes. Mais, à la lueur des bougies, ça fait un peu centre de tri postal, tous ces gosses qui ouvrent leur courrier financier…

Allez, on va faire la mère abusive, juste pour grignoter un bout du butin: «Dis, mon fiston mignon, avec tous tes jolis sous, tu ne veux pas acheter l’intégrale de la Planète des Singes qui vient de sortir en blu-ray? On pourrait le regarder ensemble…» La magie de Noël, je vous dis.

 

18/12/2011

Léger comme un ouistiti

Sur le tapis roulant devant la caisse, le contenu de son panier m’est apparu comme une provocation: trois citrons verts, trois kiwis, une banane et un flacon de déodorant. Qu’est-ce qu’il peut bien faire avec ça? Pendant que la caissière demandait à l’inconnu s’il était l’heureux détenteur d’une supercard (négatif), j’essayais d’imaginer des menus sur la base de ces trois fruits. Pas les bons pour un curry, du gâchis sur une tarte, trop acide pour une salade… Non décidément, il n’y a guère qu’en cocktail que ce trio s’accorde. Sans doute Monsieur avait-il de la vodka et des glaçons dans son congélateur, pour agrémenter le breuvage. Le déo, lui aussi, suggérait qu’il n’allait pas passer la soirée à mitonner en cuisine. L’homme a ouvert son sac à dos en cuir, a incrusté citrons et kiwi entre un ordinateur portable et un trousseau de clé, la banane a trouvé place dans une poche extérieure, le roll on s’est glissé dans des journaux enroulés. Et hop, le drôle de client est parti d’une démarche souple sur ses semelles caoutchouc, léger et joyeux comme un ouistiti qui s’amuse de branche en branche.

Ce que ça vous fait, comme effet, de se nourrir de trois vitamines crues… Peut-être grignote-t-il aussi un insecte de passage, de temps en temps?

Nous étions plusieurs à le suivre des yeux jusqu’à sa sautillante sortie, avec du noir sombre comme la jalousie au fond des pupilles. Plus il nous semblait s’envoler, plus nous nous sentions lourdes. De vraies mamas orang-outan, les bras étirés jusqu’au sol à force de traîner des cabas de victuailles pour toute la tribu. Son trois fois rien avait été remplacé sur le tapis roulant par le contenu de mon chariot obèse: spaghettis en multipacks, bidons de céréales, provisions de lait comme si je tenais une ferme de petits veaux, cuisses de poulet par élevages entiers, yaourts en rabais de quantité… Hé, c’est que j’ai des sportifs à nourrir, ma brave dame, arrêtez de regarder mes quantités de cet air-là! Comment ressort-on dignement d’un supermarché quand on véhicule quatre sacs débordants et le reste coincé sous l’aisselle?

En cette montée de calories qu’est le marathon de décembre, quand les excès usuels débordent en délires nourriciers, je me demande si le ouistiti lime & kiwi s’est acheté une noisette pour compléter son festin… Quant à mes goinfres maison, plutôt que de restreindre leurs rations (peine perdue), je crois que je vais militer pour un système c’est-celui-qui-mange-qui-transporte. Je vais m’en tirer, allègre, avec cinq crevettes et une peluche de coriandre au fond du sac à main. Mais il va falloir que je renforce mon programme de gym pour garder tout de même un peu de biceps.

 

11/12/2011

Tenez vos rennes!

Est-ce qu’on ne devrait pas tous prendre congé en décembre? Depuis le début du mois, j’ai acquis la conviction que ce serait le seul moyen d’arriver à bout de tous les vœux de fin d’année qui atterrissent dans nos messageries électroniques. Rien que ce matin, j’ai reçu cinq courts-métrages dessinés sur la magie de Noël – et par «court», il convient d’entendre simplement qu’ils ne pourraient pas tenir une case de deux heures en salle. Pour le reste, 4 minutes et 12 secondes à regarder un renne gambader autour de l’atelier où des lutins construisent des cadeaux avec des scies et des marteaux, c’est déjà bien assez long. Ça m’a mangé toute la pause-café. Pourtant, l’envoi provenait d’un émetteur tout ce qu’il y a de plus professionnel – un contact de travail dont il serait indélicat de ne pas ouvrir les missives. Je dis ça, mais nous ne sommes qu’à la mi-décembre: dans une semaine, je sens que je vais regretter de disposer d’un simple bouton «delete», plutôt des missiles nucléaires, pour torpiller les Pères Noël rigolards à peine ils apparaissent dans mon courrier.

La grande spécialiste du message à rallonge est ma tante. Depuis qu’elle est à la retraite, elle a plongé corps et âme dans le monde merveilleux d’internet. Tout au long de l’année, elle envoie par e-mails des diaporamas genre «fonte des glaciers en 148 images en haute définition». Mais la montée vers Noël représente l’apogée de sa gloire digitale: elle bombarde sa liste de contacts de son amour immense. Comme elle ne parvient pas à se décider entre les messages, elle les envoie tous. J’ai déjà reçu une promenade virtuelle dans un village enneigé, où les fenêtres s’illuminent une à une à la magie natale. Mes collègues de l’open-space ont aimé les carillons. Elle a aussi envoyé un best of de Pères Noël avinés et je m’attends maintenant à une sélection des plus belles scènes de nativité dans les musées du monde.

A l’origine, il y avait un rituel charmant: des cartes de vœux annuelles, que les destinataires exposaient sur le rebord de la fenêtre, entre deux bougies, et qu’ils rangeaient au galetas en janvier, en une pile entourée d’un ruban, histoire de se préparer de tendres souvenirs pour quand ils seraient vieux. Aujourd’hui, cette coutume a perdu la tête, elle s’est emballée pour engendrer un monstre électronique, une nouvelle pollution sociale – à laquelle, en plus, il faudrait répondre alors que l’on ne peut même pas garder les messages tellement ils sont lourds. De cadeau, elle est devenue une irritation qui nous bouffe la tête, le temps, les nerfs, les megabits de mémoire. Jingle bells, jingle bells…

Vous savez quoi? Je profite du privilège de tenir cette chronique, pour vous présenter à tous mes vœux, ici et maintenant imprimé: que 2012 vous soit douce, que le sourire illumine votre chemin. Voilà, c’est fait. Il ne sera pas dit que je fais les poubelles de vos messageries.

 

 

06/12/2011

Une belle jambe

C’est moi qui ai eu l’idée, c’est moi qui choisis : j’aimerais les numéros qui commencent par 3. Parce qu’un 3, c’est joli, symétrique et et presque rond, tout proche de l’élégant symbole qui signifie d’infini. Alors, tant qu’à porter un nombre sous la plante du pied, autant qu’il soit joli, non ?

J’en danserais de soulagement (infini, voire ci-dessus) d’avoir enfin trouvé la solution d’un problème majeur de la maisonnée, qui devient aigu au moins matin sur deux sur le coup de 7h03, juste avant le petit déjeuner : je veux parler de l’Angoisse de la Chaussette Perdue. Un vrai roman familial, avec ses crises, ses pillages, ses rebondissements et très peu de happy ends. 7h03, c’est donc le moment où tout le monde s’habille et découvre du coup qu’il n’a plus de chaussettes. Enfin, des chaussettes, il y en a plein les tiroirs… Celles qui manquent sont les chaussettes assorties. Celles-ci - mystère, rage et hurlements - sont denrées rares. A croire que le climat familial pousse les chaussettes au divorce.

Je ne vais pas vous refaire le topo. Comme toute personne qui a déjà utilisé un lave-linge, vous le savez: l’appareil est marabouté, il sépare tout ce qui va par deux. Vous mettez quatre paires dans le tambour, vous en sortez quatre orphelines – éventuellement trois, les jours de débol. L’étendage participe au complot: les chaussettes s’enfuient es fils pour se rouler en boules dans les recoins poussiéreux. Et depuis que les enfants ont virés ados, la situation est encore plus tendue: nous sommes quatre à porter du noir au pieds, échelonnée entre le 37 ½ et le presque 41. Autant dire: mission impossible pour le tri dans la corbeille à linge. Je me vois encore, l’œil gauche plissé, le droit exorbité pour ajuster la focale, à brandir une malheureuse en jersey de coton devant l’ampoule, tentant de discerner si cette maille mouillée est bien la jumelle de celle d’à côté. Là au milieu, il y a encore le petit dernier (le grand dernier?) à semer la zizanie, en enfilant ce qui lui passe par l’orteil sans aucun respect de la propriété individuelle, quitte à se balader avec une soquette de sport à gauche et un mi-bas en dentelle sur son mollet poilu droit. « 0h, ça vaaaaa, c’est boooon… » fait-il celui qui plane bien au-dessus des contingences pédestres.

Et donc, la la lère,/joie dans la chaumières, je viens de découvrir l’existence de chaussettes numérotées. Chacun sa dizaine, et chaque pièce son nombre jumeaux. Une idée bête comme chou. J’adore les choux… Voilà donc ma formule magique, mon graal de la ménagère. Je le sens à ma respiration soudain plus fluide, à la cette sensation d’allégement subit: en 2012, la quiétude matinale sera sauve. Ma chère famille adorée, préparez vos chaussons devant la cheminée, cette année le Père-Noël va répandre paix et sérénité à nos pieds.

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