18/12/2011 10:36 | Lien permanent | Commentaires (0)

Léger comme un ouistiti

Sur le tapis roulant devant la caisse, le contenu de son panier m’est apparu comme une provocation: trois citrons verts, trois kiwis, une banane et un flacon de déodorant. Qu’est-ce qu’il peut bien faire avec ça? Pendant que la caissière demandait à l’inconnu s’il était l’heureux détenteur d’une supercard (négatif), j’essayais d’imaginer des menus sur la base de ces trois fruits. Pas les bons pour un curry, du gâchis sur une tarte, trop acide pour une salade… Non décidément, il n’y a guère qu’en cocktail que ce trio s’accorde. Sans doute Monsieur avait-il de la vodka et des glaçons dans son congélateur, pour agrémenter le breuvage. Le déo, lui aussi, suggérait qu’il n’allait pas passer la soirée à mitonner en cuisine. L’homme a ouvert son sac à dos en cuir, a incrusté citrons et kiwi entre un ordinateur portable et un trousseau de clé, la banane a trouvé place dans une poche extérieure, le roll on s’est glissé dans des journaux enroulés. Et hop, le drôle de client est parti d’une démarche souple sur ses semelles caoutchouc, léger et joyeux comme un ouistiti qui s’amuse de branche en branche.

Ce que ça vous fait, comme effet, de se nourrir de trois vitamines crues… Peut-être grignote-t-il aussi un insecte de passage, de temps en temps?

Nous étions plusieurs à le suivre des yeux jusqu’à sa sautillante sortie, avec du noir sombre comme la jalousie au fond des pupilles. Plus il nous semblait s’envoler, plus nous nous sentions lourdes. De vraies mamas orang-outan, les bras étirés jusqu’au sol à force de traîner des cabas de victuailles pour toute la tribu. Son trois fois rien avait été remplacé sur le tapis roulant par le contenu de mon chariot obèse: spaghettis en multipacks, bidons de céréales, provisions de lait comme si je tenais une ferme de petits veaux, cuisses de poulet par élevages entiers, yaourts en rabais de quantité… Hé, c’est que j’ai des sportifs à nourrir, ma brave dame, arrêtez de regarder mes quantités de cet air-là! Comment ressort-on dignement d’un supermarché quand on véhicule quatre sacs débordants et le reste coincé sous l’aisselle?

En cette montée de calories qu’est le marathon de décembre, quand les excès usuels débordent en délires nourriciers, je me demande si le ouistiti lime & kiwi s’est acheté une noisette pour compléter son festin… Quant à mes goinfres maison, plutôt que de restreindre leurs rations (peine perdue), je crois que je vais militer pour un système c’est-celui-qui-mange-qui-transporte. Je vais m’en tirer, allègre, avec cinq crevettes et une peluche de coriandre au fond du sac à main. Mais il va falloir que je renforce mon programme de gym pour garder tout de même un peu de biceps.

 

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