11/12/2011 07:34 | Lien permanent | Commentaires (0)

Tenez vos rennes!

Est-ce qu’on ne devrait pas tous prendre congé en décembre? Depuis le début du mois, j’ai acquis la conviction que ce serait le seul moyen d’arriver à bout de tous les vœux de fin d’année qui atterrissent dans nos messageries électroniques. Rien que ce matin, j’ai reçu cinq courts-métrages dessinés sur la magie de Noël – et par «court», il convient d’entendre simplement qu’ils ne pourraient pas tenir une case de deux heures en salle. Pour le reste, 4 minutes et 12 secondes à regarder un renne gambader autour de l’atelier où des lutins construisent des cadeaux avec des scies et des marteaux, c’est déjà bien assez long. Ça m’a mangé toute la pause-café. Pourtant, l’envoi provenait d’un émetteur tout ce qu’il y a de plus professionnel – un contact de travail dont il serait indélicat de ne pas ouvrir les missives. Je dis ça, mais nous ne sommes qu’à la mi-décembre: dans une semaine, je sens que je vais regretter de disposer d’un simple bouton «delete», plutôt des missiles nucléaires, pour torpiller les Pères Noël rigolards à peine ils apparaissent dans mon courrier.

La grande spécialiste du message à rallonge est ma tante. Depuis qu’elle est à la retraite, elle a plongé corps et âme dans le monde merveilleux d’internet. Tout au long de l’année, elle envoie par e-mails des diaporamas genre «fonte des glaciers en 148 images en haute définition». Mais la montée vers Noël représente l’apogée de sa gloire digitale: elle bombarde sa liste de contacts de son amour immense. Comme elle ne parvient pas à se décider entre les messages, elle les envoie tous. J’ai déjà reçu une promenade virtuelle dans un village enneigé, où les fenêtres s’illuminent une à une à la magie natale. Mes collègues de l’open-space ont aimé les carillons. Elle a aussi envoyé un best of de Pères Noël avinés et je m’attends maintenant à une sélection des plus belles scènes de nativité dans les musées du monde.

A l’origine, il y avait un rituel charmant: des cartes de vœux annuelles, que les destinataires exposaient sur le rebord de la fenêtre, entre deux bougies, et qu’ils rangeaient au galetas en janvier, en une pile entourée d’un ruban, histoire de se préparer de tendres souvenirs pour quand ils seraient vieux. Aujourd’hui, cette coutume a perdu la tête, elle s’est emballée pour engendrer un monstre électronique, une nouvelle pollution sociale – à laquelle, en plus, il faudrait répondre alors que l’on ne peut même pas garder les messages tellement ils sont lourds. De cadeau, elle est devenue une irritation qui nous bouffe la tête, le temps, les nerfs, les megabits de mémoire. Jingle bells, jingle bells…

Vous savez quoi? Je profite du privilège de tenir cette chronique, pour vous présenter à tous mes vœux, ici et maintenant imprimé: que 2012 vous soit douce, que le sourire illumine votre chemin. Voilà, c’est fait. Il ne sera pas dit que je fais les poubelles de vos messageries.

 

 

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