18/11/2011 11:47 | Lien permanent | Commentaires (0)

Sourdine, les fauves!

Bébé Julien était furieux. De cette fureur cramoisie, crispée et hurlante qui résiste à toutes les tentatives consolatrices. Devant le bac à sable, ce n’est déjà pas drôle pour la maman impuissante, mais elle a au moins la liberté d’attraper son poupon sous le bras et de l’emmener répandre ses décibels tour à tour au toboggan, au carrousel ou, en désespoir de cause, dans la solitude du bosquet au fond du parc, tout près du carrefour où le vacarme des voitures assourdit enfin la bruyante rage du mini humain. Dans un avion, la situation est plus compliquée à gérer. Sur le vol de l’autre jour (heureusement un courrier européen d’une heure et un sandwich flasque), c’était zoo dans les premières rangées. Nous avons eu droit à un spectacle tout en vocalises, avec jets de lolette, lancer de biberon, contorsions abdominales, nuque cambrée et galipettes toutes pattes en l’air. Si les cacahuètes du sachet snack n’avaient pas risqué d’étouffer un si petit braillard, nous n’aurions pas hésité à les lui lancer, comme devant la cage des singes, pour remercier de la prestation et inciter à de nouveaux tours.

Grand moment de solitude dans la vie d’une mère…  A elle, toute ma solidarité féminine de celle qui est passée par là - ou pas loin.

J’ai découvert quelques jours plus tard que la science aurait pu alléger le tourment de la maman-dompteuse. Je lui dédie donc, rétrospectivement, mon savoir tout frais: l’ampleur du bruit émis par un bébé a finalement peu de corrélation avec la profondeur de sa souffrance. C’est un effet bêtement mécanique, une affaire de gras. Les cordes vocales des nourrissons sont recouvertes d’une couche de graisse, ce qui les fait vibrer d’une manière particulière et confère à leurs pleurs ce caractère bouleversant et totalement insupportable. En gros: plus impressionnant que grave.

Les chercheurs sont arrivés à cette conclusion un peu par hasard, en étudiant les modes d’expression des lions. Chez les grands félins aussi, les deux membranes des cordes vocales prennent la forme de deux lamelles plates, en raison de leur couverture graisseuse, ce qui les fait vibrer plus facilement. Le grand rugissement qui fait peur est donc relativement peu dépendant de la puissance ou de la cage thoracique. Le lion ouvre sa grande gueule et ça rugit tout seul. Sacré bluffeur, le roi de la savane…

Je me demande bien pourquoi, mais, dans mon cœur de mère, l’intime similitude entre le fauve et le bébé n’a jamais fait l’ombre d’un doute.

 

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