11/11/2011 10:48 | Lien permanent | Commentaires (0)

Echassières du monde entier…

Dans mon armoire, je conserve avec tendresse un rayon de chaussures absurdes. Ma favorite est une paire de sandales du soir zébrées et serties de cristaux, avec un talon de douze centimètres aussi épais qu’un fil dentaire. Je les aime. Autant de kitschitude joyeuse aux pieds me ravit. En deux ans, je les ai enfilées cent fois, re-enlevées illico à peu près aussi souvent, et j’ai finalement réussi à les porter pour deux soirées, quand j’étais parfaitement certaine que les heures à venir allaient se dérouler à table. De la voiture à l’ascenseur et de l’ascenseur au canapé, puis à la salle à manger, mes échasses et moi nous en sommes sorties honorablement. J’ai accompli mes quinze pas sans vaciller. Mes copines de pieds sont des Jimmy Choo pour H&M, la collection capsule de novembre 2009. Une amie chère a eu alors le courage d’aller se battre sur place, d’arracher une paire à la foule en délire, de faire des coudes à la caisse… tout ça pour découvrir en fin de compte qu’elle avait pris une fausse pointure. Chance, les escarpins étaient pile à ma taille!

Je vous raconte cela parce que j’ai repéré, dans la collection Versace pour le même H&M, qui va être mise en vente jeudi, une bottine de tous les délires. Elle est lacée jusqu’à la naissance du mollet grâce à des rivets dorés, pointue, en daim et cuir de chèvre vernis et semelle or. Le talon? Oubliez! Il est tellement fin et haut qu’on ne le voit même pas. Parfaite pour ma collection d’impossibles à porter. Et Donatella qui explique dans Vogue que «Les chaussures plates sont le tabou suprême. Il ne faut jamais être à plat. Jamais.»

Au fond, je me sens assez séduite par cette vision aérienne des choses, même si le réel m’impose quelques centimètres de concession. Quelle grâce dans la démarche hésitante d’un flamant rose, comme s’il vérifiait à chaque pas qu’il n’écrase personne et qu’il n’y a rien, devant lui, qui puisse salir ses pattes. Moi aussi, je préfère avancer délicatement dans la jungle des jours, regarder la vie d’en haut, marcher la tête dans les nuages, n’effleurer les bourbiers que d’une pointe fugace… D’ailleurs, je n’ai jamais très bien compris pourquoi les féministes n’avaient pas fait du talon haut un accessoire de révolte: c’est là bien la seule manière de pouvoir regarder les hommes dans les yeux, d’égale à égal, sans se casser la nuque.

Alors, avec les escarpins magiques qui approchent les femmes des étoiles, je finis régulièrement par faire des serre-livres. Sur l’étagère du salon, ils évoquent – sans que personne ne se torde la cheville – la presque accessibilité des mondes d’en haut.

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