21/10/2011 17:54 | Lien permanent | Commentaires (0)

Dondon d’antan

Malheureuse Sue! Il y a douze ans, quand son impressionnant squelette a été montré pour la première fois au public extasié, elle s’est imposée comme l’incarnation la plus terrifiante du Tyrannosaurus rex, le carnivore le plus superlatif, le plus grand, le plus féroce de la création. Souvenez-vous: elle avait été déterrée par (et baptisée d’après) la paléontologue Sue Hendrickson dans le Sud du Dakota. Douze mètres de haut, une ossature complète à 85%, une mâchoire en forme d’U pour arracher d’énormes morceaux de chair à ses proies, des dents pointues longues comme mon avant-bras, peut-être de la salive venimeuse… Brrr! Un monstre jailli de la nuit des temps pour venir hanter les cauchemars de nos enfants – ce qui s’avère assez pratique, somme toute, certains soirs de lassitude maternelle, quand on s’entend dire «Finis ta soupe, sinon l’horrible Sue viendra te dévorer tout cru», en dépit de tout ce que l’on a pu lire sur la pédagogie active.

Aujourd’hui, le mythe vacille un peu sur son socle au Musée d’histoire naturelle de Chicago. La créature découverte en 1990 vient en effet de subir la curiosité d’une équipe de chercheurs américano-britanniques, qui l’ont élaborée en modèle 3D. Sale histoire: ils ont découvert ainsi que dame Dino devait peser 9 tonnes et demie au bas mot. Ce qui est beaucoup plus qu’initialement imaginé, surtout quand on pense qu’un bébé T. rex-ichou, un tout mignon comme dans les dessins animés de Disney, affichait moins de 10 kilos à la naissance. A vos calculettes: comment passe-t-on, en 28 ans de vie, du volume d’un teckel à celui de deux éléphants? Réponse: en engraissant de 2 tonnes par an durant la phase de croissance. Effet collatéral: le volumineux lézard à écailles et traces de protoplumes avait de la peine à bouger, avec un torse gigantesque et de petites pattes ridicules qui ployaient sous la charge… Pas étonnant que ses articulations aient révélé des malformations liées à la goutte, la maladie de la surabondance alimentaire. Alors, elle fait encore peur, la grosse dondon du fond des âges?

Moi je dis: elle fait encore plus peur qu’avant. Sachant que l’espèce s’est sans doute éteinte en raison de son inadéquation physique à l’environnement, je m’inquiète un brin pour nous. D’autant que je viens de lire que, selon les statistiques de l’armée suisse, l’humain moyen a cessé de grandir, mais point de s’arrondir. Et nous, nous n’avons même pas besoin d’attendre le futur pour que les scientifiques se déclarent perplexes face à notre capacité à virer si gros… Allez, salade, ce soir!

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