17/10/2011 16:38 | Lien permanent | Commentaires (1)

Le petit chat est mort

Qu’est-ce que j’ai pu me moquer! Ironiser sur tous ces hommes autour de moi qui plongeaient régulièrement la main dans la poche avant de leur pantalon, pour se rassurer, vérifier que leur précieux trésor était toujours là, palpitant et prêt à l’emploi… D’un doigt rassurant, ils caressaient la bête, guettant le ronronnement qui les rendrait heureux. Qui  leur donnerait la certitude d’être désirés, aimés, sollicité – à chaque instant du jour et presque de la nuit.

Et bien, voilà : j’ai sombré dans la même dépendance. Moi aussi, j’ai fini par traiter mon Iphone comme s’il était un animal domestique fidèle et sécurisant – sauf que je ne le transporte pas dans mon jean où il ferait des bosses disgracieuses. J’ai dû attendre qu’il meure, pour mesurer l’étendue des dégâts psychologiques. Un beau jour, la semaine dernière, je me suis retrouvée avec mon petit truc dans le creux des deux mains, en train de lui souffler dessus pour soulager ses derniers instants. Il chauffait, le pauvre fiévreux, pendant que les téléchargements moulinaient, moulinaient dans le vide. J’ai essayé de tapoter doucement sur ses touches digitales pour rallumer son âme, mais rien à faire, il s’étiolait, ne répondait plus. J’étais à Paris, loin de l’échoppe de mon concessionnaire-urgentiste, et je me suis sentie aussi désemparée que jadis au décès de Blanche-Neige, feu-mon premier angora. Quoi? J’allais devoir vivre une journée entière déconnectée de mon monde?

Ladite journée a été instructive: à en juger par le million de fois par seconde où j’ai soupiré après mon compagnon électronique, je suis mûre pour une cure de désintoxication. Je passe rapidement sur la disparition des cabines téléphoniques et donc mon impossibilité de suivre à distance (mais pas à pas!) la moindre tribulation du bureau et de la maison («les pâtes étaient bonnes, chériiii?» «La photo de couverture est réussie ? Tu me l’envoie en pièce joiiiiinte?»). Il y a pire: j’ai réalisé que je ne savais plus simplement marcher dans la rue. A la moindre minute de solitude, mon réflexe d’optimisation du temps me pousse à empoigner mon mobile, pour passer l’un des coups de fils sur ma «to do list». Pas un instant à gaspiller. Moi femme efficace. Et sans mon appareil de photo intégré, comment je fais pour retenir tous les détails amusants ou inquiétants que je repère avant de les montrer à mes amis ou de les poster sur facebook ? Est-ce que je sais encore regarder sans l’interface d’un viseur? Un seul être à puces vous manque et voilà le monde qui tourne sans vous…

J’envisage sérieusement de louer une yourte pour les vacances d’octobre, garantie sans wifi et même sans réseau téléphonique. Pour commencer le sevrage en douceur.

 

 

 

 

 

Commentaires

Je téléphone pas avec mon zorb, mais suis sur que même dans une yourthe, il reste connecté.... :-)

Écrit par : pit | 18/10/2011

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