07/10/2011 15:02 | Lien permanent | Commentaires (0)

Cause toujours, poulette

Ces jours, sur les murs du métro parisien, s’étalent de vastes affiches incitant à la courtoisie dans les transports publics. Noble cause… Pour alléger leur propos, les publicitaires ont choisi de recourir à la métaphore animalière, excellent procédé, largement éprouvé depuis Jean de La Fontaine, pour souligner quelques travers bien humains sans accuser personne directement. Résultat: les passagers entassés aux heures de pointe sont invités à s’interroger sur leurs comportements en s’identifiant à un buffle qui bouscule tout le monde, une grenouille qui saute par-dessus les tourniquets, un lama cracheur de chewing-gums, un loir affalé sur son strapontin ou une poule au téléphone. Alors bien sûr, nous avons tendance à coller un genre assez aléatoire aux espèces animales selon les méandres de notre imaginaire, mais là il est très clair – illustrations vestimentaires à l’appui – que tous les malotrus des rames souterraines sont masculins. Le loir porte un costard, le lama se la joue loubard et personne n’a le moindre doute sur le taux de testostérone du buffle enragé. Tous des mecs, sauf un: la poule, il va de soi. Celle-ci s’épanche dans son mobile, habillée d’un imperméable rouge élégamment assorti à sa petite crête et voilà le joli slogan: «Des confidences à 86 décibels ne sont plus confidentielles» (non, effectivement, ce n’est pas du La Fontaine). Toutes des volailles jacassantes, qu’on vous dit…

Soupir. Lassitude.

Zut, de nouveau le thème des filles incapables de se coincer le bec.

C’était une journée comme ça… Peu après avoir vu les affiches, j’ai croisé deux beautés slaves (période de défilés de prêt-à-porter oblige) dotées de talons infinis sur des gambettes allongées jusqu’aux aisselles. Elles n’avaient ni ticket, ni scrupule et ont enjambé la barrière du métro avec la désinvolture d’un compas qui ferait un entrechat. Facile. Plus tard, j’ai vu Habemus papam au cinéma (enfin!) et Michel Piccoli n’en finissait pas d’importuner tout le bus en grommelant son discours d’investiture. A côté de lui, un jeune homme hurlait dans son téléphone: «Noooon, je ne peux pas vivre sans toiiiii.» Ceci pour dire que la resquille comme la discrétion sont des arts transgenre et que les clichés animaliers ont bon dos (à plume).

De toute manière, s’étaler en longues discussions téléphoniques est devenu très dépassé – avec ou sans public. Ce que je vois dans les bus/trains/métros, ce sont des jeunes, des deux sexes, en train de s’envoyer des petits mots sur Facebook, même quand ils sont assis côte à côte. Et là, bruitage unisexe: juste des gloussements, des rengorgements, à peine un piaulement étouffé, mélangés à des «pfouit» électroniques quand le message est passé. Une sono de basse-cour tout à fait civile, en somme.

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