08/09/2011 16:02 | Lien permanent | Commentaires (0)

Un héros sans microbe

C’est le genre d’homme à mordre à pleines dents dans un cœur de bœuf. Et oubliez la savoureuse tomate d’un rouge violacé que l’on trouve actuellement sur les marchés. Non, non, je vous parle d’un vrai cœur, cet organe plein de sang qui pulse encore quand on l’arrache à l’animal. Pour être extrêmement honnête, il s’agit en fait d’un cœur de renne (c’est presque la même chose en plus sauvage, non?), que l’aventurier Bear Grylls avale tout cru, y compris les poils de fourrure qui y adhèrent encore. Un mâle, un vrai, un mal rasé qui en a.

Je n’ai jamais vraiment suivi l’émission de survie en terre hostile, le genre abandonné-au-milieu-de-nulle-part-avec-juste-mes-potes-de-l’équipe-de-tournage, mais il est difficile d’ignorer que Seul face à la Nature (saison 6, Discovery Channel) est une ode télévisée à la virilité conquérante. Dans le registre guerrier, Bear (c’est un surnom qui veut dire ours ­- dans le civil, l’homme s’appelle Edward) fait tout juste: ancien soldat des forces spéciales britanniques et féru de grimpe, il s’adonne depuis neuf ans à des galipettes dangereuses sur petit écran et encaisse des fortunes grâce à sa ligne de vêtements tout terrain, aux couteaux extra pointus à son nom et à ses indispensables guides de survie (règle n° 1 on n’oublie jamais son sac-poubelle, ça sert à tout; règle n° 2 on garde son pipi pour le boire plus tard). J’avoue que ce profil psychologique agite mes phéromones à peu près aussi intensément que le ferait un fossile dans la vitrine d’un musée avant rénovation. Pas mon truc.

Là où l’affaire devient intéressante, c’est quand on apprend que ce dur à cuire ne craint qu’une chose: les microbes. A chaque fois qu’il est en promo – comme récemment pour la sortie de sa biographie en anglais – il serre les mains des fans et des journalistes… puis essuie ses grosses menottes pleines de cal avec des lingettes désinfectantes. Ben ça alors ! (silence atterré). Je viens juste de me souvenir que le flacon de gel antiseptique que j’avais acheté à l’époque de la grippe aviaire traîne toujours au fond d’un tiroir.

Je vais vous dire, voilà qui redéfinit le courage. Les braves modernes sont ceux qui affrontent la promiscuité des supermarchés, qui bizouillent leurs amis à chaque rencontre, qui tripotent des claviers d’ordinateurs sales à longueur de journée, qui cuisinent à l’arrache en rentrant du bureau, qui torchent les enfants sans broncher. Gloire à nous!

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