27/08/2011 16:39 | Lien permanent | Commentaires (0)

Le look étable

C’est la rentrée: les gosses retournent en classe et les politiciens sortent dans la rue. Durant les deux mois qui nous séparent des élections, nous allons voir leurs bobines jouasses en vrai sur la place du marché et en photo sur toutes les affiches de la ville: «Votez pour moi, chuis le plus sympa!» Le message n’est peut-être pas particulièrement exaltant sur le plan politique, mais au final, c’est dans l’affection du public que ça se joue.

Attention les yeux, on va voir des choses immensément laides. Car l’attitude «aimez-moi» induit des effets collatéraux désastreux sur le plan vestimentaire: la gent politique s’applique à se vêtir le plus mal possible, pour ne jamais pouvoir être soupçonné de vanité. Oh la la, pensez! Si l’électeur imaginait le candidat devant un miroir, il pourrait soupçonner que ce temps est volé aux dossiers. Pas bien! Pas pro! A ce stade des opérations, j’entrevois l’apparition prochaine d’une nouvelle profession: le conseiller en délook  - dé- comme dé-luge, dé-labrement, dé-prime. Ce serait comme un relookeur, mais à l’envers, avec objectif de gommer tout trait de personnalité, toute velléité de goût.

L’opération a déjà commencé. Vous avez vu Christophe Darbellay l’autre jour, dans les pages du Matin? Le président du PDC – pourtant plutôt bel homme au naturel - racontait son été, sanglé dans un tablier qui lui remontait à mi-estomac, vêtu d’une chemise à carreaux toute molle, une casquette désassortie sur la tête et une raclette victorieuse à la main. Un moment d’abandon dans les pâturages? Pas du tout: on ne m’enlèvera pas de l’idée que l’on ne se déguise pas aussi moche par hasard. L’effet est maîtrisé, avec la volonté de se montrer en mec «comme tout le monde», le genre tellement simple qu’il ne se change même pas en sortant de l’étable. Car ce fromage, en bon Suisse convaincu, il l’a sans doute fait naître lui-même au pis de la vache, non?

L’affaire n’est d’ailleurs pas exclusivement suisse: Nicolas Sarkozy, en pleine parade de séduction électorale, a troqué ses abdos de l’an dernier contre un bedon rassurant au-dessus de son short flottant. Et Martine Aubry, dans Paris Match, a sans doute décroché un torchon de cuisine fleuri pour s’en faire un chemisier. Tellement proches!

A cette aune, je me ferais un peu de souci pour l’avenir politique de Fathi Derder, le nouveau candidat libéral vaudois. Regardez-le dans l’Hebdo: chemise blanche nickel, poil du menton manucuré… ça ne va pas le faire. Il risque l’effet Lüscher: trop propre pour être honnête. Le Genevois Anthony Rodgers, en face, avait l’air beaucoup plus popu, avec sa chemise fatiguée, baillant aux boutons.

Vivement que les élections soient derrière, que les élus puissent aller se rhabiller.

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