20/08/2011 16:02 | Lien permanent | Commentaires (0)

Ciel, un homme nu!

Le bikini était minuscule. Le genre de composition en quatre triangles que la plus sculpturale des naïades ne porte qu’allongée sans bouger sur une chaise longue. Sauf que moi, ce maillot-là, je l’ai rencontré à la verticale, marchant d’un pas allègre sur un sentier de randonnée corse. A l’intérieur: une dame entre deux âges, chaussée par ailleurs de solides godillots et d’une casquette. A l’évidence, elle avait décidé que seuls ses pieds et son front méritaient protection et offrait son corps nu aux griffures des ronces, aux brûlures du soleil, aux morsures des insectes. Faut-il le préciser? D’un strict point de vue esthétique, l’affaire n’était pas formidable. Une anatomie en liberté s’égaie vite en mouvements de balanciers pas forcément seyants. J’en étais à m’interroger sur les motivations de cette mise à nu, quand, au détour du chemin a jailli le compagnon de la dame, vêtu lui de son seul slip de bain, sauf qu’il devait bien peser 40 kilos de plus. Et qu’il avançait au petit trot. Je n’ai pas eu le temps de détourner le regard, mais je vous fais grâce de la description des mouvements de flux et reflux qu’opérait son ventre – sans même évoquer les autres parties rebondies de son physique. Pitié, a-t-on le droit de dé-érotiser le corps ainsi?

C’était au début de l’été et, depuis, j’ai ouvert l’œil – pour les besoins de l’enquête, évidemment! Constat 1: le besoin de se dénuder au premier rayon de soleil touche davantage d’hommes que de femmes. Constat 2: il s’intensifie dans les régions où il y a de l’eau, mais peut se propager loin à l’intérieur des terres. Constat 3: je n’ai pas eu le privilège de croiser l’équipe nationale de rugby et ce n’est pas faute d’avoir cherché.
J’ai donc vu des torses mamelus dans des supermarchés, des panses posées sur un coin de table en terrasse, des dos moussus en train de photographier des monuments. Et même un cadre en pantalons de flanelle, qui avait jeté veste, chemise et cravate sur son épaule pour signifier la sortie de bureau. Du coup, j’ai éprouvé un élan de compréhension pour la jolie station balnéaire de Sopot, sur la mer Baltique, où les autorités locales envisagent d’interdire le torse nu en dehors de la plage, pour préserver le cachet de l’endroit.

Je ne suis pourtant pas sûre que la dissuasion légale soit très efficace. Peut-être suffirait-il que les hommes sachent que rien n’est plus beau qu’une chemise blanche fraîchement repassée, avec des manches roulées pour la décontraction. Comme devant un écran vierge, les femmes peuvent alors se projeter tout un cinéma sur les pectoraux dorés peut-être cachés dessous. Messieurs, ne nous enlevez pas ce plaisir d’été.

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