27/08/2011

Le look étable

C’est la rentrée: les gosses retournent en classe et les politiciens sortent dans la rue. Durant les deux mois qui nous séparent des élections, nous allons voir leurs bobines jouasses en vrai sur la place du marché et en photo sur toutes les affiches de la ville: «Votez pour moi, chuis le plus sympa!» Le message n’est peut-être pas particulièrement exaltant sur le plan politique, mais au final, c’est dans l’affection du public que ça se joue.

Attention les yeux, on va voir des choses immensément laides. Car l’attitude «aimez-moi» induit des effets collatéraux désastreux sur le plan vestimentaire: la gent politique s’applique à se vêtir le plus mal possible, pour ne jamais pouvoir être soupçonné de vanité. Oh la la, pensez! Si l’électeur imaginait le candidat devant un miroir, il pourrait soupçonner que ce temps est volé aux dossiers. Pas bien! Pas pro! A ce stade des opérations, j’entrevois l’apparition prochaine d’une nouvelle profession: le conseiller en délook  - dé- comme dé-luge, dé-labrement, dé-prime. Ce serait comme un relookeur, mais à l’envers, avec objectif de gommer tout trait de personnalité, toute velléité de goût.

L’opération a déjà commencé. Vous avez vu Christophe Darbellay l’autre jour, dans les pages du Matin? Le président du PDC – pourtant plutôt bel homme au naturel - racontait son été, sanglé dans un tablier qui lui remontait à mi-estomac, vêtu d’une chemise à carreaux toute molle, une casquette désassortie sur la tête et une raclette victorieuse à la main. Un moment d’abandon dans les pâturages? Pas du tout: on ne m’enlèvera pas de l’idée que l’on ne se déguise pas aussi moche par hasard. L’effet est maîtrisé, avec la volonté de se montrer en mec «comme tout le monde», le genre tellement simple qu’il ne se change même pas en sortant de l’étable. Car ce fromage, en bon Suisse convaincu, il l’a sans doute fait naître lui-même au pis de la vache, non?

L’affaire n’est d’ailleurs pas exclusivement suisse: Nicolas Sarkozy, en pleine parade de séduction électorale, a troqué ses abdos de l’an dernier contre un bedon rassurant au-dessus de son short flottant. Et Martine Aubry, dans Paris Match, a sans doute décroché un torchon de cuisine fleuri pour s’en faire un chemisier. Tellement proches!

A cette aune, je me ferais un peu de souci pour l’avenir politique de Fathi Derder, le nouveau candidat libéral vaudois. Regardez-le dans l’Hebdo: chemise blanche nickel, poil du menton manucuré… ça ne va pas le faire. Il risque l’effet Lüscher: trop propre pour être honnête. Le Genevois Anthony Rodgers, en face, avait l’air beaucoup plus popu, avec sa chemise fatiguée, baillant aux boutons.

Vivement que les élections soient derrière, que les élus puissent aller se rhabiller.

20/08/2011

Ciel, un homme nu!

Le bikini était minuscule. Le genre de composition en quatre triangles que la plus sculpturale des naïades ne porte qu’allongée sans bouger sur une chaise longue. Sauf que moi, ce maillot-là, je l’ai rencontré à la verticale, marchant d’un pas allègre sur un sentier de randonnée corse. A l’intérieur: une dame entre deux âges, chaussée par ailleurs de solides godillots et d’une casquette. A l’évidence, elle avait décidé que seuls ses pieds et son front méritaient protection et offrait son corps nu aux griffures des ronces, aux brûlures du soleil, aux morsures des insectes. Faut-il le préciser? D’un strict point de vue esthétique, l’affaire n’était pas formidable. Une anatomie en liberté s’égaie vite en mouvements de balanciers pas forcément seyants. J’en étais à m’interroger sur les motivations de cette mise à nu, quand, au détour du chemin a jailli le compagnon de la dame, vêtu lui de son seul slip de bain, sauf qu’il devait bien peser 40 kilos de plus. Et qu’il avançait au petit trot. Je n’ai pas eu le temps de détourner le regard, mais je vous fais grâce de la description des mouvements de flux et reflux qu’opérait son ventre – sans même évoquer les autres parties rebondies de son physique. Pitié, a-t-on le droit de dé-érotiser le corps ainsi?

C’était au début de l’été et, depuis, j’ai ouvert l’œil – pour les besoins de l’enquête, évidemment! Constat 1: le besoin de se dénuder au premier rayon de soleil touche davantage d’hommes que de femmes. Constat 2: il s’intensifie dans les régions où il y a de l’eau, mais peut se propager loin à l’intérieur des terres. Constat 3: je n’ai pas eu le privilège de croiser l’équipe nationale de rugby et ce n’est pas faute d’avoir cherché.
J’ai donc vu des torses mamelus dans des supermarchés, des panses posées sur un coin de table en terrasse, des dos moussus en train de photographier des monuments. Et même un cadre en pantalons de flanelle, qui avait jeté veste, chemise et cravate sur son épaule pour signifier la sortie de bureau. Du coup, j’ai éprouvé un élan de compréhension pour la jolie station balnéaire de Sopot, sur la mer Baltique, où les autorités locales envisagent d’interdire le torse nu en dehors de la plage, pour préserver le cachet de l’endroit.

Je ne suis pourtant pas sûre que la dissuasion légale soit très efficace. Peut-être suffirait-il que les hommes sachent que rien n’est plus beau qu’une chemise blanche fraîchement repassée, avec des manches roulées pour la décontraction. Comme devant un écran vierge, les femmes peuvent alors se projeter tout un cinéma sur les pectoraux dorés peut-être cachés dessous. Messieurs, ne nous enlevez pas ce plaisir d’été.