01/01/2011

Une année au poil

2011, donc… Dans la boule de cristal des journaux prévisionnistes, nous avons donc pu lire que nous nous embarquions pour une année d’Euro foireux, de partis de droite radicale radieux, de mode sage comme quand on ne sait pas où le monde va, de système de santé en déroute. Vous vouliez de joyeuses perspectives? Dommage! Rien que du lourd qui fait peur, ma sœur Anne, sur la route qui poudroie vers l’avenir. Mais on ne va pas se laisser casser l’ambiance si tôt, dans cette année qui balbutie encore. Laissez-moi deux secondes pour nouer mon turban de Madame Irma et je vous raconterai que 2011 sera virile, rugueuse et donc totalement sexe. Ce n’est pas de la bonne nouvelle ça?

Où je vois cette montée de testostérone? Certes pas dans le marc de café, plutôt dans les poils des hommes. Une substance beaucoup plus inspirante. Le mouvement s’est amorcé doucement l’an dernier et il déploie actuellement sa pleine puissance. Regarder les stars: Brad Pitt s’est laissé pousser un bouc et voilà tout de suite que ça cause mariage chez les Joli/Jolie. Le grand retour de Tom Ford? L’ancien créateur de Gucci réapparaît plus beau, plus acéré que jamais: il sort un film, lance sa collection de vêtements féminins et surtout il porte une sublime barbe de trois jours, mieux manucurée que le gazon de Wimbledon. On voit son visage dans les magazines, on sait bien que c’est du papier tout lisse, mais on lève presque la main quand même pour effleurer cette joue drue et sombre, que l’on imagine résister et céder à la fois sous le crissement de l’ongle. Jusqu’à mon collègue de bureau rentré tantôt de congé avec une barbiche fort seyante, qui lui sculpte un profil de guerrier. Mais là - juré! - je n’ai pas essayé de toucher.

Le poil des hommes! En voilà un attribut lourdement chargé de symboles… Les dieux antiques ne se concevaient pas sans une barbe aussi sauvage que leurs mœurs. Les pharaons s’en attachaient une stylisée au menton, pour mieux asseoir leur pouvoir. Les hippies laissaient leur hirsutisme en folie attester de leur liberté sensuelle et je vous passe tous les bandits de grands chemins et autres pirates ténébreux (tiens: Johnny Depp aussi s’est récemment mis du poil au menton).

Mais attention, la version actuelle est plus subtile que les déploiements de pilosité à tous vents. Il s’agit presque de coiffure de visage, tant les volumes sont soignés, les tracés racés. La force, mais aussi le raffinement. Alors, face à cette mise en gloire de l’éternel masculin? Des dentelles, des balconnets et des yeux de biches, pardi! Qui a dit que 2011 allait être rasoir?