30/10/2010 16:25 | Lien permanent | Commentaires (1)

L’homme qui gère

J’envisage sérieusement de renoncer au téléphone fixe. Il n’y a plus personne qui appelle à ce numéro, sauf… Sauf ? Mais siii, vous savez très bien qui appelle sans cesse, il appelle chez vous aussi. Tout le temps. Surtout le soir à l’heure où les spaghetti al dente veulent quitter leur eau bouillante. Qui donc ? Bingo : L’institut de sondage. Ou alors le vendeur à distance. Bref : le raseur. Or mes soirées – comme les vôtres – sont précieuses et je n’ai pas l’intention d’en lâcher la moindre seconde à des harceleurs téléphoniques.

Pour les éconduire, j’ai tout essayé. Au début, je l’ai jouée franco, droit au but : «Désolée, je ne vais ni vous répondre ni rien acheter, alors restons courtois mais arrêtons tout de suite de perdre votre temps et le mien. »   Malgré le ton décidé, ils étaient toujours là, suspendus à la ligne comme à filet d’espoir, argumentant avec l’énergie de la dernière chance. J’ai ensuite essayé de boucler direct : ils rappellent. J’ai fait le coup du «j’ai tout ce qu’il faut à la maison» et les voilà qui s’emballent sur les mérites uniques de cette encyclopédie sur DVD-là qu’il est rigoureusement impossible que je possède déjà.

Et puis, l’inspiration. Eurêka ! J’ai trouvé l’argument qui coupe la chique à tous les bonimenteurs:  je ne suis qu’une femme, veuillez m’en excuser…  A un représentant en assurances qui essaie de revoir le portfolio familial, je réponds que je ne sais rien de ce sujet-là. Que c’est l’Homme qui gère. Et non, mince alors, il n’est pas à la maison. Miracle, l’autre accepte de raccrocher sans piper. A l’évidence, voilà un langage qu’il entend. Du coup, je récidive: l’enquête sur la consommation de presse? C’est Monsieur qui lit les journaux. Un nouveau système d’alarme? C’est Lui qui s’occupe de la sécurité du ménage.

Je dois admettre que tous ces mensonges me font mal aux lèvres quand je les articule. Mais ils marchent si bien que je m’applique, fascinée, à pousser la caricature. Je me visualise en Betty Draper, de la série télé Mad Men, un tablier à volant sanglé autour des hanches, avec la spatule en bois qui dépasse de la poche. Et je bats des cils tellement fort que les déplacements d’air doivent s’entendre dans le combiné.  A chaque fois, je me dis: il ne va pas gober ça, tout de même? Oh mais si! Dans un élan de solidarité entre opprimés, le téléphoniste lâche sa proie, persuadé d’avoir affaire à aussi fragile que lui dans la longue chaîne des dépendances humaines.

Le mâle humain, si puissant, et sa faible femelle cachée derrière…  Pourquoi est-ce si facile à faire croire ?

Commentaires

Bonjour, De quelle source émerge cette info? En tous cas bravo pour cette article

Écrit par : batterie-voiture piece-auto .net | 11/10/2012

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