23/10/2010 16:30 | Lien permanent | Commentaires (0)

Un amour de perruche

Je confesse d’emblée, comme ça ce sera fait : j’ai lu une carte postale destinée à ma fille. Ouf, c’est dit.  Je sais, c’est mal. Une mère ne doit jamais mettre ni son nez, ni ses mains, ni ses rétines dans les affaires intimes de sa progéniture, tous les livres sur l’art d’élever un adolescent chez soi sont formels à ce sujet. A ma décharge, c’est presque de la faute de la carte : appuyée de dos au fond de la boîte à lettres, elle offrait ingénument sa surface écrite au premier voyeur de passage.  Pas eu le temps de formuler une pensée que déjà mon cerveau s’était imprégné du contenu.

Le  crime étant donc consommé et moi déconfite, j’ai  tout de même analysé la chose en détails. Constat 1 : la carte provenait d’une copine et non pas d’un garçon, comme la débauche de cœurs dessinés aurait-pu, un instant, le laisser supposer. Constat 2 : il faisait beau sur le lieu de vacances de la copine (il est des thématiques qui ne changent pas, même à l’ère des infos météo sur tous les mobiles). Constat 3 : La copine avait l’air de souffrir de l’éloignement. Stylistiquement, ça donnait des «La SEULE choz qui mank c’est TOI !!!!! », avec des effets de typo rouge en veux-tu en voilà, dans une interprétation assez libre de Lamartine. Des cœurs dessinés partout, des mots surlignés et ça finissait par « Love love love love love ». A croire que le mot, écrit une fois seulement, manquait de force. Il fallait la surenchère perroquet pour en développer la pleine puissance.

Vertige de la mère : si une telle emphase se pratique entre copines, quel vocabulaire utilisent-elles donc avec leur amoureux ?
Eclair de lucidité de la mère : mais non, justement ! Les cœurs et tout le dégoulinage onctueux relèvent d’un rituel d’amitié contemporain purement féminin, au même titre que l’acquisition en copropriété d’une paire de bottines à franges.

On pourrait appeler cela l’ «effet perruche».  Les filles occidentales du début de XXIème siècle se livrent à un mode de communication de groupe assez fascinant à observer. Comme leur cousines jaunes et bleues, elles se déplacent en bandes froufroutantes et passent leur temps à s’ajuster le plumage. Pour signifier leur joie, elles sautillent  ensemble à pattes  jointes, en battant des ailes. Pour se rassurer de leur le lien, elles  déversent l’une sur l’autre un tendre babil de compliments et de promesses d’éternité.

Voilà pourquoi les mères ne devraient jamais lorgner sur la correspondance de leur fille : devant tant de légèreté ingénue, on se sent vite comme une vieille chouette qui hulule. A quel âge se lasse-t-on de pépier? Mauvaise question pour le moral.

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