27/09/2010

Bêtes de scène

Quand j’étais gamine, les conseillères (déjà!) en orientation professionnelle insistaient beaucoup sur un point: les filles ont e-xac-te-ment les mêmes perspectives que les garçons. Elles y croyaient et ma classe aussi. D’ailleurs, bravaches et fières de marcher dans le sens de l’histoire, nous avions boycotté la couture jusqu’à ce que l’on nous autorise à y aller avec les garçons et qu’on nous accepte ensuite, toujours ensemble, aux leçons de «travaux man’». Aujourd’hui, tout cela est bien intégré et d’ailleurs la «couture» a disparu au profit des «activités créatrices sur textiles», un changement de vocabulaire qui montre bien que la mixité est passée par là.

Pourquoi je vous raconte cela? Parce qu’il y a une foule de principes que, petite, je tenais pour acquis et mes entrailles se sont tirebouchonnées d’exaspération, mercredi, devant l’écran de télévision, en voyant à quel point j’avais tout faux. Tant de commentaires glosent sur «la valeur d’exemple» de ce gouvernement soudain majoritairement féminin. Valeur d’exemple, tu parles!

Alors comme ça, nous avions deux candidates brillantissimes en lice pour le Conseil Fédéral et nous avons trouvé le moyen de n’en élire qu’une… Et il faudrait dégoupiller le champagne? Dans ma lucarne ont défilé des politiciennes bien formatées, tailleur mastic et rang de perles, paupières nues et sourire timide. Simonetta Sommaruga a même pris un air mignon, genre «Merci, merci, je ne vais déranger personne et je promets, oh oui je promets, que je serai une bonne fille collégiale».

Avec ces exemples-là, on en a pour un moment avant que les fillettes ne déclarent, les yeux pleins d’étoiles: «Quand je serai grande je serai Conseillère fédérale!» Sauveuse de la nature? Ouiiii! Cheffe du monde? YESSSSS! Mais conseillère fédérale??? Le titre, déjà, manque singulièrement de magie: des «conseillères» il y en a dans les assurances comme en orientation professionnelle, on voit bien où ça mène. Et «fédérale»? L’horreur ! Vivent les piles de classeurs gris et les méandres administratifs. Alors, le seul argument qui vaille est celui de la bête de scène: une personnalité qui s’impose par son ardeur et la limpidité de ses convictions, une belle présence lumineuse. Exactement le panache d’une Karin Keller-Sutter - celle dont on ne veut pas.

Haut le menton, Madame Sommaruga, vous avez du chien, montrez-le.

25/09/2010

Mama mia, une grizzli!

Qu’est-ce qu’elles ont avec ce fantasme poilu? Depuis que Sarah Palin s’est autoproclamée «Mama Grizzly», il y a explosion démographique de l’espèce, surtout dans son avatar politique: la candidate américaine conservatrice, tailleur impeccable et grande gueule. (L’original, animalier, va bien aussi, merci : sa population augmente de 3% par an.) On voit l’idée générale: face à un Président considéré comme laxiste, les dames pugnaces du «Tea Party» veulent montrer à Washington qu’elles sont prêtes à se dresser sur leurs pattes arrière pour déchiqueter leur adversaire. Leur mission est de protéger l’avenir des oursons et elles disposent de merveilleuses griffes laquées de rouge pour y parvenir. Ça va saigner aux élections du 2 novembre, Grrr!

D’un strict point de vue marketing, l’image est forte: AAAh, cette silhouette massive qui jette soudain son ombre sur la tente du campeur ébahi, seul face à la bête dans l’immensité de l’Alaska… OOOh, ce filet de bave suspendu à la babine… Peur ! Peur ! Peur!

Hélas pour Sarah et ses ourses, la comparaison comporte des effets collatéraux fâcheux. Car il n’est pas très net, le grizzly. En période d’accouplement, la femelle s’adonne à des mœurs assez décontractées, s’amusant avec le premier baraqué venu renifler dans son secteur, puis avec le deuxième, le troisième et ainsi de suite jusqu’à épuisement des hormones. Elle aurait tort de se priver, le grand brun fait pareil. Mais disons que cet échangisme estival sied assez mal à un parti politique qui se réclame de la plus stricte religiosité et promeut la famille traditionnelle. La famille, parlons-en! Ce goujat de grizzli a encore quelques progrès à faire pour mériter son rôle d’emblème. Pour l’heure, une fois qu’il a déversé son ADN, l’ours mâle s’en va peinard chasser ses saumons en solo et ne revoit plus jamais ni sa belle (laquelle?), ni le fruit de leurs fugitives amours. En matière d’éducation maternelle, la grizzlette a donc effectivement intérêt à assurer: c’est elle qui se colle tout le boulot. Et durant presque 4 ans, s’il vous plaît. En transposition humaine, la mama grizzli est donc une mère célibataire, coincée avec un Tanguy qui refuse de décoller. On a vu plus exaltant comme modèle de société.

Quelqu’un pourrait-il offrir une monographie sur la faune américaine à Sarah Palin? Elle pourrait s’y dénicher une bestiole plus ajustée à la cause qu’elle défend. La dinde, peut-être ?

18/09/2010

Queue de ouistiti

Elle s’enroule comme une mèche autour d’un bigoudi. Qui ça? La ligne du symbole @. On tape ce sigle si souvent sur le clavier que les doigts, en mode pilotage automatique, trouvent les touches sans que le cerveau ne sache jamais exactement leur emplacement. Bon sang, faut-il presser «alt P» ou «Ctrl 2»?

Mais par oral, c’est encore pire. A chaque fois que je dicte mon adresse électronique, je bute sur le petit emberlificotis familier. Dire «at» - «chez» - à l’anglo-saxonne? Trop jet-set cosmopolite. Alors je finis toujours par tracer une spirale dans l’air, du bout de l’index. Ce qui n’est pas sans poser de menus problèmes de clarté quand la conversation est téléphonique… Mais «arobase», vraiment, ça reste coincé au niveau des amygdales. Je viens seulement de réaliser pourquoi: une psycholinguiste de l’université de Stanford, Lera Boroditsky, mène une étude sur la manière dont les mots influencent notre manière de penser. Il y apparaît, entre autres,  que le vocabulaire et la structure grammaticale dénotent des différences de perceptions de l’espace ou du temps. Bref, on n’éprouve pas les mêmes émotions d’une langue à l’autre.

Revenons-en à l’arobase. Rien à fiche que l’étymologie renvoie à une ancienne unité de mesure espagnole, l’Arroba, qui utilisait déjà le même caractère typographique au 14è siècle. Outre la pédanterie de cette référence, le vocable est simplement moche. A l’oreille, il sonne comme l’union exaltante entre un aéroport et une base militaire, un truc bien technique, bien sec, dos droit et tous en rang devant l’ordinateur. Et dire que nous l’inscrivons tout de même dans les mots tendres qui s’envolent sur les ailes du web…

Avis à tous les créatifs du langage: il est temps de trouver mieux. Car les autres langues s’en tirent de manière bien plus joyeuse que le français. En hébreu, le signe a été baptisé «Strudel», comme la viennoiserie enroulée aux pommes et à la cannelle. Voilà qui témoigne d’un rapport hautement gourmand à sa messagerie. Mais la plus colorée des sources d’inspiration vient du monde animalier: les Suisses allemands parlent de queue de singe, les Hongrois de vermisseau, les Grecs d’un caneton dans les vagues, les Suédois d’une trompe d’éléphant, tandis que les Finlandais dessinent, entre les deux parties de leurs adresses mail, un chat pelotonné pour s’endormir.

Personnellement, j’adorerais chiper l’idée simiesque de nos voisins de Berne et au-delà, pour faire gambader des singes sur les claviers et se coller le sourire dès le matin. Mais peut-être avez-vous une autre suggestion? N’hésitez pas à me l’envoyer à RenataPointLibalQueueDeOuististiPointCh

11/09/2010

Toutes des chatonnes

C’est la Bruni qui a commencé.  Pour ne pas dominer son président d’époux, elle s’est chaussée de presque plat et pris des mines de gamine docile. Dommage pour sa silhouette, tant mieux pour la paix du ménage. Mais en perdant de la hauteur, la maligne n’a pas seulement trahit le principe d’élégance, elle a surtout lancé une mode. Filez explorer les rayons chaussures : il y a prolifération de petits talons entre 3 et 5 centimètres, le genre ni trop haut ni trop bas, ni trop large ni trop fin. Comme la tendance a jailli d’un peton célèbre, ce talon bôf a déjà ses lettres de noblesse et un nom officiel  (en anglais forcément) : le «kitten heel », talon de chaton. Quel rapport avec les bébés chats ? Voyons ! Les vrais talons, ceux qui donnent le vertige aux femmes qui les portent et aux hommes qui les regardent,  sont les talons aiguilles. Et qui porte des escarpins pareils ? Les femmes panthères, les femmes cougar, à la féminité conquérante.  Symboliquement, le talon pointu, c’est une arme de poing à portée de pied, un pic à glace prêt au combat. A contrario, avec la chatonne, on reste dans le registre félin, mais en version domestique : une boule de poil innocente qui ronronne sur le canapé. Rien à craindre.

A croire que les femmes ont compris que si elles voulaient occuper une place dans la vie publique, il fallait arrêter de faire peur.  Alors elles descendent d’un étage pour mieux monter en grade. Voyez les candidates au Conseil fédéral : toutes celles qui n’ont pas carrément abdiqué en optant pour le mocassin (la pompe la plus asexuée qui soit) ont mis des minous à leurs pieds. Histoire que personne n’aille s’imaginer qu’elles sont capables d’épingler leurs détracteurs d’un trait bien pointu. Même Micheline Calmy-Rey, qui portait d’extraordinaires baskets sur talons tour Eiffel peu après son élection (bravo pour le panache), est descendue au raz du bitume. C’est dire sa résignation.

Messieurs, prenez garde aux apparences.  Malgré les doux coussinets qui protègent ses jolies pattes, même une chatonne aux yeux doux est capable de vous griffer le cœur. Ne l’ y poussez pas.

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