09/12/2017 17:41 | Lien permanent | Commentaires (1)

Hippo Hip Hourra

Un renne au nez rouge? Un lutin fabriquant de jouets? Un sucre d'orge rayé de rouge et de blanc? Depuis un ou deux hivers, la passion du pull-over de Noël à l'américaine s'est répandue dans les chaumières helvétiques et voilà que de grands gaillards baraqués portent tous les clichés de la Douce Nuit tricotés sur la poitrine. Il y a, dans ce mouvement néo-nostalgique, un sens de la dérision tout à fait vivifiant, mais disons que cette garde-robe ne relève en rien le niveau d'élégance autour du sapin.

Mais le pire reste à venir. À en croire la presse américaine, cette imagerie traditionnelle de Noël risque bientôt, en comparaison, d’être promue summum de la subtilité. Ce qui se profile, c'est du lourd! Préparez vos pectoraux: cette année, place à Fiona, l'hippopotame en bonnet rouge à fourrure blanche. Fiona qui? Laissez-moi vous présenter la jeune demoiselle amphibie: elle est née en janvier dernier, dans un enclos à bassin du zoo de Cincinnati et a connu des débuts à hauts risques. Bébé très prématuré, elle a été placée dans une couveuse géante, nourrie au biberon de lait d'hippo reconstitué (qui donc connaît la formule??), mais a vaillamment lutté pour survivre, jusqu'à sa sortie en bord de bassin en mai. Les massages de gencives prodiguées par son gardien comme les culbutes subaquatiques ont été suivis pour des centaines de milliers d'amoureux sur Facebook, où le service de communication du zoo tenait un journal illustré des progrès de l’hippopodame. Au fil des mois, la belle est devenue une star, la bête incontestée des réseaux sociaux, emblème de résilience et de joie de vivre, de bonnes nouvelles dans ce monde de brutes. «J'ai l'impression d'être l'impresario de Beyoncé» a récemment déclaré un responsable de la communication du zoo au New York Times. Ah oui: et Michelle Curley, directrice du département, s'est fait tatouer l'effigie de sa protégée dans le dos…

Le sweat-shirt de la saison, donc: outre la version bonnet à fourrure, il y en a aussi un rouge, imprimé en fausse broderie au petit point, avec la demoiselle assise devant un fond de gratte-ciel, avec une frise de rennes et de flocons, et ce message: «Je veux un hippopotame pour Noël».

À ce stade de ses découvertes, la journaliste européenne, vivant loin de l'enfant miracle de L'Ohio, soupire et lève les yeux au ciel. Elle a tort, évidemment! Pour une fois que le monde admire un corps visqueux et gris-vert appelé à peser 1300 kilos; pour une fois que l'on encense une femelle à grande gueule et courtes jambes; pour une fois que l'on chante la grâce de bourrelets et de rides folâtrant en pleine lumière; on ne va pas bouder sa joie. Finalement, 35 dollars pour une telle tenue de fête, c'est vraiment une aubaine.

 

07/12/2017 17:17 | Lien permanent | Commentaires (0)

Encore des pois chiches?

Dix. Dans le supermarché de mon quartier, il y a exactement dix variétés d’houmous dans l’armoire réfrigérée près du rayon des légumes. J’ai compté. J’ai eu le temps, remarquez, vu que j’étais plantée devant, le panier de courses au creux du bras, la main de l’autre bras tendue au-dessus du vide, hésitante, flottant d’un gobelet à un autre. Pétrifiée dans ce vide intérieur qu’est l’indécision…

Honnêtement, je n’aime pas plus que cela les pois chiches. La texture pâteuse m’encombre un peu les papilles, ce qui explique mon manque d’expertise dans le domaine. Mais dans ce monde délicieusement ouvert qui nous incite à explorer les saveurs de partout, je me suis dit que la purée protéinée, servie avec trois crackers, ferait une alternative joyeusement exotique aux flûtes beurrées de l’apéro. Mes relations intimes avec le blender familial étant ce qu’elles sont (je l’aime propre et rangé au fond d’une armoire), me voilà donc en pleine étude de marché. Convient-il prendre le houmous en version masbaha ou Tahini? Za’atar ou Karma? Kasher ou bio? Citron ou persil? Courgette ou noix? Hommage soit rendu à mon valeureux téléphone, qui m’a expliqué que le Zaatar était un mélange d’épices levantin avec une dominante de thym, alors que le Tahini se référait à une préparation au sésame. Ensuite, ma pile m’a lâchée, alors je n’ai pas pu éclaircir le lien qui unit le chapelet musulman (masbaha) et la pâte aux pois chiche. Bref, vingt minutes plus tard, je faisais la queue à la caisse avec un panier rempli de toutes les nuances de jaune beige. Quand j’ai un doute, je prends tout…

Ai-je besoin d’ajouter que malgré des agapes scrupuleusement analytiques, mes découvertes se sont, en grande partie et à leur tour, rigidifiées au fond du réfrigérateur? Non: vous vous en seriez douté…

Moi qui me sens déjà débordée par les affres du choix en Suisse, j’évite scrupuleusement les supermarchés français. L’été dernier, dans un village de la côte corse, je me suis retrouvée devant un rayon grand comme un terrain de pétanque, débordant de chips de toutes sortes et de toutes marques. Heureusement que ma voiture de location n’était pas un pick-up…

Je ne suis ni médecin, ni nutritionniste, ni même psychologue, mais – sur l’expérience totalement scientifique de ma maisonnée – quantitativement, la consommation de nourriture est en relation directe avec l’étendue de la palette des saveurs. Faites le test avec le chocolat: une plaque sur la table? Elle disparaît. Deux plaques différentes en «dégustation comparée» (ah, le joli prétexte!) – pfouit! Evaporées à la même vitesse. Il doit y avoir un effet linéaire entre la longueur des rayons de supermarché et la longueur de la ceinture nécessaire à faire tenir le jeans.

J’ai décalé ma boucle d’un trou, pour laisser de la place à cette orgie de pois chiche, ail pilé et huile d’olive et je n’ai qu’un conseil: allez-y pour le citron-persil.

 

24/11/2017 10:10 | Lien permanent | Commentaires (0)

Saleté de glandes

Cela aurait pu être un film horripilant, tant il charrie de clichés fatigants. Pour résumer, dans la comédie de mœurs «Jalouse» (de David et Stéphane Foenkinos), le spectateur rencontre cinq femmes dans les rôles-clés et une seule (la copine fidèle) est à peu près fréquentable. À part elle, sur l’écran, vous faites la connaissance d’une héroïne complètement barjo qui engueule son monde en permanence et ne parvient pas à noyer son aigreur dans les cocktails sans fond qu'elle s'envoie. Sa fille de 18 ans fait le Calimero et grignote une demi-graine par repas pour être en forme en vue de son concours de danse, tandis que la nouvelle femme du mari de la première (donc belle-mère de la seconde), jeune dinde aux airs inspirés, profère gravement des vérités philosophiques puisées dans les séries télé. Ah oui! Et une prof tête à claques espère convaincre son monde à coup de sourires et de mèches qui frisent. Voilà, voilà… elle est belle la féminité: toutes des givrées qui se crêpent le chignon. Vous voulez plus sexiste encore? Il y a! Si la mégère vire insupportable, c'est parce que… Allons, un petit effort d'imagination! Non, raté: ce n'est pas parce qu'elle a ses règles. On serait plutôt dans le cas de figure inverse: elle est poison parce qu'elle ne va bientôt plus les avoir. Dans le film, on se réfère à cette période de vie en parlant de «transit» - c'est élégant, cette analogie au système digestif ou au no (wo) man's land des aéroports où les voyageurs errent entre deux destinations. Bref, ragnagnas ou ménopause, le message est clair: pas étonnant qu’elles débloquent, ces malheureuses nanas, avec toutes ces hormones qui leur montent au cerveau… Et vous, ça va, les glandes surrénales? Les bras m'en tombent! (Les autres organes tiennent, merci!)

Et pourtant! Par la magie cinématographique et le talent de Karine Viard, il se produit comme un prodige d'inversion de sens. Au-delà des stéréotypes éculés, la comédienne offre une magnifique démonstration de confiance en soi et de force. Elle a 51 ans dans la vraie vie, la même chose à l’écran, et elle porte son rôle avec une splendeur combative. Belle et fière, même quand elle trébuche. Le corps n’a plus 20 ans, et alors? Elle l’habite avec une intensité jubilatoire. Son visage aussi vit et vibre, en gros plan s’il vous plaît, rides incluses, comme l’étendard assumé d’une histoire unique. Je n’en reviens pas d’avoir finalement trouvé un flamboiement féministe à un script qui parle de la ménopause comme d’une maladie des nerfs.