18/02/2017 11:41 | Lien permanent | Commentaires (0)

Petite baleine chérie

Parmi les valentineries qui viennent de  se déverser dans les vitrines du centre-ville, il est en une qui m’interpelle depuis toujours: c’est la lingerie fine. Quel poison de cadeau… Je manque sans doute d’imagination, mais je vois mal comment ne pas y reconnaître une injonction à se (re)prendre en main -  si je puis l’exprimer ainsi. Celui qui a envie d’enrober la femme aimée de nouvelles dentelles suggère forcément que les actuelles ont fait leur temps et qu’il serait bien de pimenter les petits jeux dessus dessous. Une manière, qui se veut  légère comme un souffle de soie, gracieuse comme un paquet enrubanné, de dire «Allons, bobonne, il est temps d’y mettre un peu du tien… J’ai payé la parure en mousseline, montre-moi en retour ce que tu sais en faire.» Bref, pas besoin de faire un dessin, dans ma vision du couple, une femme achète sa lingerie elle-même, à son gré, ou éventuellement à deux dans des élans partagés, mais elle ne se la fait pas imposer sous prétexte de festivités cucul à petits cœurs.

Cela pour dire que, par contraste, j’ai trouvé très tendre l’actuelle exposition Undressed: a brief history of Underwear (jusqu’au 12 mars), au Victoria and Albert Museum, à Londres. Le visiteur y plonge dans l’intimité des garde-robes, des bandeaux faits maison de la fin du XVIIIe siècle aux récentes gaines structurantes – y compris d’intéressants modèles australiens pour hommes, qui donnent l’illusion d’un appareillage surdimensionné (une idée de cadeau, mmmh?). Evidemment, les dessous d’antan tiennent davantage de la prison fortifiée que de la parure de séduction. Mais ils racontent aussi de douces histoires. Quelle délicatesse, quel amour, dans ce travail à la main d’une mère qui brode le trousseau de sa fille! Quelle générosité déployée par cette bonnetière du début du XIXe siècle, pour parvenir à contenir les formes dans des armatures plus souples, qui blessent moins les chairs compressées. Et que de brevets déposés, il y a 100 ans, pour enfin en arriver à la forme de soutien-gorge actuelle, basée sur deux triangles, qui permet au corps de bouger. Les voilà, les vrais cadeaux en lingerie: ils résident dans l’ingéniosité et la minutie qui confèrent confort et liberté. Un lent chemin vers le mieux…

Pour redonner tout de même une place à l’amour dans cet enchevêtrement de tissus brodés, de corps contraints, de sentiments et de désirs, j’ai été touchée par les baleines de corsets, que les belles de l’époque faisaient graver. Le fanon de cétacé se voyait ainsi marqué d’un symbole amoureux ou d’un nom, avant de se retrouver cousu à jamais dans les épaisseurs d’une doublure. Peut-être une piste pour les fabricants de lingerie d’aujourd’hui? Une alternative soyeuse au tatouage? Tant qu’à offrir des froufrous, autant que ce soit pour inciter Valentine à portrer un message secret tout au long du jour contre sa peau, plutôt qu’une simple invite à la bagatelle… Mais bon, je suis sans doute trop romantique.

 

11/02/2017 10:20 | Lien permanent | Commentaires (0)

Dans de beaux draps

Et vous, vous dormez comment ? Plusieurs hypothèses récentes suggèrent que la formule de politesse «Comment allez-vous ? » remonterait au Moyen-âge et serait en fait une manière de s’informer des modalités d’évacuation de son interlocuteur (sous-entendu : comment allez-vous à selle), à une époque où l’observation du fruit de son transit intestinal était le principal indicateur de santé. Aujourd’hui, changement de priorité! On se fiche un peu des cinquante nuances de brun, mais on se passionne en revanche pour tous les soubresauts intimes de la nuit. Je me demande si la question «Bien dormi?» ne se profile pas comme le nouveau succès du lien relationnel. Il y a comme une frénésie du bien dormir… Ce qui montre bien à quel point c’est mal parti!

Moi qui ai toujours sombré avec la sérénité imperturbable d’une bûche, yeux clos avant même que la tête ne touche l’oreiller, me voilà soudain emportée par le flux général. Est-ce l’effet de cet hiver morose ? Entre trumperies et fillonissades, suppressions d’emplois, migrants exposés au froid et de nouveau déjà la neige, sur les premiers boutons de primevères… Et zut: me voilà à m’assoupir comme une vieille devant les séries télévisées, puis, mirettes toutes rondes dans le noir, à faire des listes dans ma tête sur le coup des quatre heures du matin.  Je suis donc bien partie pour m’intéresser aux vertus comparées des diverses marques de sommiers, à  la surveillance des cycles circadiens («T’as quoi, comme montre connectée ?») ou aux trucs de grand-mères à base de lait et de miel. Le sommeil est une affaire hautement scientifique et mes amis sont tous experts…

Mais finalement, le week-end dernier, l’ultime étude sur le sujet m’a ouvert les yeux (pas au milieu de la nuit, heureusement). Des chercheurs de l’Université du Colorado prouvent  – moults cobayes humains à l’appui –  que la meilleure thérapie pour réapprendre à dormir est… le camping. Perdu dans la pampa et déconnecté de son téléphone mobile, l’insomniaque contemporain peut renouer avec son horloge interne grâce à l’exposition maximale à la lumière naturelle. C’est simple? Tu parles! Rien qu’à imaginer les fourmis dans le sac de couchage et les raviolis mangés à même la conserve, j’en ai des cauchemars qui viennent se superposer aux veilles nocturnes. Vous ai-je avoué une totale allergie au camping… ?

C’est drôle, depuis que j’ai lu cet article, je dors à nouveau comme une innocente, lovée en boule sous le duvet, tout juste si je ne suce pas mon pouce de félicité. Ah mes draps chéris…. J’ignorais que la menace d’une tente puisse avoir un effet somnifère.

06/02/2017 16:51 | Lien permanent | Commentaires (0)

Danse à plat

Serait-ce le fait d’être allée seule au cinéma, ce soir-là? Ou le froid et les courants d’air dans cette salle londonienne? Toujours est-il que je n’ai pas été happée, comme tout le monde semble l’être, par la magie La la Land. J’ai trouvé que les saisons qui découpent la comédie musicale tiraient en longueur - malgré les airs de jazz, malgré les amours douces-amères, malgré les rêves fragiles, si enclins à se briser. Et cet hiver qui revient deux fois, comme une cinquième étape dans l’année, alors que l’on croyait arriver à la fin… Pffff, je me suis blottie plus serré dans mon écharpe.

C’est sans doute cette posture ni dedans ni vraiment dehors qui m’a rendue attentive à des détails totalement secondaires à l’intrigue. J’ai par exemple beaucoup regardé les chaussures d’Emma Stone. Et j’ai donc le plaisir de clamer que si la romance endosse un charme un peu vintage, le personnage de Mia a les pieds solidement plantés dans la sensibilité contemporaine. Je vous parle ici du rapport aux talons. Les journaux anglais bruissent ces temps de la polémique réveillée par une employée qui a dénoncé les consignes vestimentaires de son patron et a refusé de se rendre au travail en escarpins. A-t-on le droit d’imposer des objets de torture? Toutes les femmes surélevées sont-elles des victimes consentantes du machisme ambiant? Il y en a des pages et des pages…

Et pendant ce temps, Emma Stone danse sur grand écran. Jonglant allégrement avec ses souliers. Pour sortir entre copines et défier la nuit, elle chausse des sandales à lanières. Quand elle claudique ensuite, aux petites heures du matin sur un trottoir loin de tout, les spectatrices souffrent avec elle, reconnaissant dans leur chair chacun des points de frottement. Oh, une fée qui a mal aux pieds… Dans une autre séquence, elle fait claquer avec aplomb ses babies à talon large. Quant à la fameuse scène de la petite robe jaune, la belle aux pieds ailés s’assied sans autre manière sur un banc public pour enfiler des Richelieu bicolores. Que c’est joyeux et frais, une femme qui danse à plat… Même que Ryan Gosling, galant, lui porte son cabas, avec les chaussures de rechange.

Alors – outre la bonne humeur – ce que je vais retenir du film, c’est le grand sac rempli de chaussures. Pour avoir sous la main la liberté de ses pieds: pouvoir grimper en hauteur en cas d’envie de cliqueter, descendre au ras du bitume pour des sauts primesautiers ou tout autre variante d’un altimètre qu’il ne faut jamais se laisser dicter. Pourquoi choisir? Il suffit de changer en cours de route, toujours prête à danser sur les chemins de la vie.