24/09/2016 10:54 | Lien permanent | Commentaires (0)

En grande pompe

Pour qui a feuilleté les magazines féminins de la rentrée et jeté un regard sur les collections de mode, l’automne s’annonce compliqué au niveau des pieds. Le dernier hurlement de la hype de cette saison impose un dilemme à même de plonger l’acheteuse dans une profonde perplexité. Option 1, la fureur fourrure du moment: la claquette en poils. Fourrée dedans, velue dehors, mais orteils à l’air, cette pompe improbable est apparue l’hiver dernier, mais – naïves! – nous l’avions prise pour un caprice de défilé. Erreur, grossière erreur! La patte de yéti est maintenant disponible dans une nuée de (grandes) marques, en mouton, vison, lapin ou chinchilla. Pour rappeler que ces pieds sauvages appartiennent tout de même à des filles, on colle des perles et des fariboles dans toute cette douceur poilue. Personne ne précise à quoi cette chaussure proche de l’animal domestique va ressembler à la première averse. Un chat mouillé, ça fait piteuse mine. Je crains que la modeuse humide n’ait pas meilleure allure au niveau de la cheville.

Passons à l’option deux: en mémoire des Clubs Kids new-yorkais de la fin des années 1980, voilà que se multiplient les chaussures plate-forme extravagantes, en cuir lamé par exemple. Nous parlons là de semelles compensées qui rajoutent vingt centimètres au saut du lit (vas-y Nicolas Sarkozy, c’est le moment de suivre la mode) et confèrent une démarche mécanique, dans une esthétique de drag-queens en fin de nuit.

Voyons, voyons… qu’achète-t-on?

Je suis une journaliste scrupuleuse. Tout en abnégation et dévouement à mon devoir d’information, je teste pour mieux vous renseigner. Voilà donc les résultats de mon enquête au raz du bitume: on prend la plate-forme. Oh là! Je vous entends déjà rétorquer que c’est de l’arnaque, que rien ni personne ne pourra vous contraindre à acquérir des sottises. Résistez, si vous le voulez, mais je trouve dommage de se priver de petits plaisirs amusants quand l’occasion se présente. La plate-forme donc: je ne l’ai pas prise extrême, dix petits centimètres au-dessus du niveau du sol et en noir parce qu’on ne se refait pas. Ma conclusion? Je ne veux plus jamais redescendre sur terre. Confortablement perchée (le pied est presque à plat) sur mon estrade, je vois la vie du ciel, je marche en suspension. En fait, il suffit changer de perspective: oubliez les références aux gamins sous extasy et pensez aux paysans d’antan, avec leurs épais socques en bois. Eux traversaient l’étable sans se salir les pieds; moi je parcours le quotidien sans toucher le bitume. Et flic et floc, je me fiche de la pluie, les flaques m’arrivent à mi-semelle. Ça marche aussi pour les messes basses et autres petitesses crasses: on les écrase sans même les voir. Retenez-moi: sur mon marchepied vers le paradis, je ne vais pas tarder à m’envoler…

17/09/2016 18:25 | Lien permanent | Commentaires (0)

Mon steak pour un chou-fleur

A tout prendre, je crois que je vais finalement le mettre en vase, ce grand nuage solide qu'est le chou-fleur. Il aurait du panache, non?, en bouquet à cinq têtes dans un seau à champagne étincelant de splendeur chromée. La noblesse du potager érigée en monument déco… Ou monument tout court! J’y pensais l’autre jour en feuilletant des magazines de cuisine, en cherchant l’inspiration sur des sites de recettes. La brassicacée tient la vedette sur toutes les tables de la rentrée. La cohorte à tête de chou, ce sera nous…

Pour être franche, le chou-fleur n’a longtemps pas été un résident coutumier de mon réfrigérateur. Petite, j’en ai mangé plus que ma dose en version panée et frite (merci la gastronomie de l’Est européen), avec un petit litre de sauce tartare pour lester le tout. J’aimais bien, mais j’ai banni le plat de mes habitudes, dès que j’ai eu accès à une cuisine bien à moi – et accessoirement à une balance dans ma salle de bains. Depuis, les fleurettes blanches et moi avons avancé sur des chemins de vie séparés. Mais voilà donc le temps des retrouvailles, bénies par les Dieux des trends et tendances, nos guides à tous.

La première fois que j’ai renoué avec le chou-fleur, c’était chez une amie tout à fait dans le vent, qui, au moment de l’entrée, a présenté au centre de la table une grande papillote de papier sulfurisé sortant du four. Emballé comme un cadeau, le chou était doré d’huile d’olives et d’épices et on l’a tous attaqué au couteau pointu, avec un rien de sel de Guérande. A repenser à cette soirée j’y vois comme un épisode précurseur de ce qui se passe maintenant: le grand retour du chou-fleur est étroitement lié à l’effort général pour diminuer la consommation de viande. Même moi, carnivore jubilante, il m’arrive aujourd’hui de chercher des alternatives végétales. Or, malgré ses airs moussus et sa blancheur immaculée – ses mines de Sainte Nitouche, en somme - , le chou-fleur est le plus carné des légumes. Dans les recettes nouvelles, il se rôtit comme un cou de porc, se saisit à la poêle comme un steak épais, s’assaisonne virilement de cumin, piment, poivre ou gingembre, se déguste en tartare râpé. Surtout, ne pas trop le cuire! C’est quand il est encore croquant qu’on y plante le mieux ses canines, réveillant comme par ruse nos instincts carnassiers en veilleuse. Vous n’y croyez pas? Essayez le chou-fleur violet… Et dites que vous l’avez chassé au jardin.

10/09/2016 11:51 | Lien permanent | Commentaires (0)

Hoola hoola me

Ma fille y arrive spontanément: elle fait tourner son cerceau à la taille, aux hanches, aux genoux… Même au cou quand elle est en forme. Il paraît que c'est là un héritage de cour d'école. Pour moi, le mouvement est laborieux. C'est sûrement parce que je jouais, moi, à l'élastique pendant la récré… La première fois donc que, tout récemment, je me suis essayée au hoola hoop, je me suis sentie comme un asticot se tortillant de désespoir dans un bocal: tant de circonvolutions pour si peu de résultat… Toujours est-il que j'ai persévéré (un peu) et que je suis fière aujourd'hui de vous annoncer que mon ventre maîtrise au moins quinze tours de suite. Je parviens aussi (parfois) à changer de sens dans une relative fluidité et à esquisser deux pas en avant, trois en arrière. Bon, après (très vite après) le cerceau s'effondre sur mes chevilles sans retour rotatif possible, mais je suis en progrès. Je m'exerce.
Je vous entends jusque derrière mon clavier: c'est quoi encore cette lubie qui nous tombe dessus? Je vais vous le dire: une excellente nouvelle. Dans la grande créativité des disciplines ludico-sportives qui tentent de faire bouger nos anatomies, le hoola hoop (dont les premiers cours romands sont en train de se mettre en place sous les noms de hoopdance ou hooping) occupe une place à part: celle du sourire. Car il faut savoir que chaque activité engendre sa mimique spécifique. L'antigravity (cette gymnastique pratiquée en suspension sur des sortes de hamac) incite à une sorte de méditation aérienne, genre je-suis-sérieusement-au-dessus-de-la-situation. Le stand up paddle donne l’air inspiré d’un Christ marchant sur l’eau. La slackline, ce funambulisme sur élastique, creuse carrément la ride lion, tant il faut se concentrer pour ne pas tomber. Le pole dancing entraîne le regard de braise sur bouche pulpeuse. Quant aux pratiques plus classiques, comme le vélo ou la course à pied, elles provoquent la grimace anxieuse de qui se demande s’il va succomber à sa souffrance tout de suite ou dans cinq minutes. Rien de tel avec le hoola hoop. Jambes un peu écartées, abdominaux tenus, on se déhanche en souplesse et - magie! - la roue tourne. Je défie quiconque d'y parvenir sans que ses commissures ne s’écartent en un sourire lumineux, celui qui jaillit du plus profond du ventre, celui de la pure joie de l'enfance. Maman, regarde-moi! Et si, comme la prof de mon petit groupe, vous ajoutez par-là dessus un petit air de jazz fifties, alors shoo be doo wha…
J'ai acheté mon propre cerceau aux couleurs du bonheur (attention: les modèles pour enfants des grands magasins sont trop légers. Demander conseils à des pros!). Longtemps j'ai essayé de commencer la journée par quelques postures de yoga. Mais là, je me demande s'il ne vaut pas mieux pousser les fauteuils du salon et accueillir le nouveau jour par cinq minutes de retour à la candeur de ses 10 ans.