25/03/2017 16:52 | Lien permanent | Commentaires (0)

Un amour d’axolotl

La femelle s'appelle David, le mâle Blanche-Rose. Voilà le genre d’humour qui met en joie le coiffeur que je fréquente avec grande assiduité. Toutes les six semaines, j’ai droit, en prime d’un rafraîchissement du brun de mes mèches, à un épisode supplémentaire de la vie palpitante d’un couple d’axolotls dans leur aquarium. A ce stade, ça relève du feuilleton, avec des espoirs, des drames et des surprises dans le noir. J’ai donc le plaisir de vous annoncer que je suis en passe de virer spécialiste de la faune amphibienne d’appartement.

Mon instruction a commencé lors du choix de l’aquarium, il y a des mois déjà, alors que je portais des cheveux coupés juste sous l’oreille. Le fallait-il très grand ou gigantesque? Que trouve-t-on en seconde main auprès des amateurs? Comment maintenir la température de l’eau? Et c’est là que l’on apprend que l’étonnante bestiole couronnée de branchies en touffes aime son bain à 16 degrés, ce qui relève de l’exploit dans un appartement même frugalement chauffé. J’ai suggéré l’adjonction régulière de glaçons, mais il semblerait qu’un système transitant par le réfrigérateur présente une alternative. Et il y a la question du sable, difficile à nettoyer. Celle aussi des cavernes artificielles, qu’il faut assez larges pour que David n’y griffe pas sa tendre peau sans écaille. Je passe rapidement sur les diverses étapes (autant d’obstacles) conduisant à l’amour passionné de mon coloriste pour son animal de compagnie. Sachez juste que mes cheveux ont aujourd’hui atteint l’épaule, ce qui en dit long sur le temps investi… Or la relation avec des ambystomatidés semble assez frustrante, car la réciprocité sentimentale est des plus discrètes. La bestiole s’immobilise telle Loth en statue de sel dès qu’un humain approche. De plus, elle ne se montre pas plus reconnaissante que cela quand son propriétaire livre des vermisseaux vivants, pourtant élevés par lui-même (malgré une répugnance spontanée) dans un compartiment du réfrigérateur. Le malheureux homme en est à épier ses deux nouveaux amis dans le noir, espérant voler ainsi quelques instants d’intimité. A désespérer, je vous dis… Il faudrait que les chiens proposent des cours de formation aux axolotls, pour leur montrer ce que les humains attendent en matière d’échange affectif: un coup de langue sur la main, une petite danse du bonheur, un frétillement de queue… Quelque chose, quoi!

En attendant quelques émotions partagées, le néanmoins heureux propriétaire du couple aquatique caresse des projets de descendance. Il se voit déjà surprendre la parade amoureuse et parle de ce délicat moment où se cristallise le mystère de la vie: les spermaphores libérés par le mâle font comme une fleur dans le bassin et la femelle vient se positionner dessus pour le capter dans son cloaque. Je crois que je vais me faire teindre les cheveux en blond, juste pour avoir un prétexte à avancer mon rendez-vous: ce suspens sentimental devient tout à fait intenable. A quoi sert encore la télévision, quand on possède un aquarium ?

21/03/2017 16:53 | Lien permanent | Commentaires (0)

Tous aux abris

Est-ce le fait de la légendaire élégance italienne? L'autre jour, dans le train de Milan, j'ai compté cinq chapeaux féminins dans un seul wagon. Et des plus créatifs, s'il vous plaît! Une capeline noire, une cloche avec fleurettes en feutre, un borsalino à ruban brodé de cristaux scintillants, une casquette en tricot avec visière de cuir, et même bibi... Respect et admiration pour cette dignité qui marche à couvert, le dos droit, le menton haut.

Si le chapeau masculin, devenu totalement mode ces dernières saison, est relativement aisé à dompter, l'affaire se corse avec le pendant féminin. C'est une question de cheveux. Plus ceux-là nécessitent d'apprêt, plus le port d'un couvre-chef s'avère hasardeux. Dans le match brushing contre calvitie, c’est donc clairement 1 à zéro pour la calvitie. D’expérience personnelle, même si je ne suis guère portée sur la mise en pli au poil, quand j'ai vu la tête que me fait un chapeau une fois enlevé, j'ai décidé de continuer à sortir en cheveux.

Dès lors, j’épie avec une curiosité légèrement teintée d’envie les mœurs des élégantes chapeautées. Que faire du couvre-chef dans un train? L’ôter, évidemment! Comment sinon s'appuyer au dossier montant? C’est alors que commence le ballet des mains dans les mèches, les tentative de refaire bouffer tout ce plat, de lisser ce qui s'est hérissé. Et du coup, c'est bête, mais la dignité s'est un peu fait malle… Je repense à Jacky Kennedy et sa boîte à pilules rose sur la tête, dans ce biopique qui la présente vaniteuse et névrosée. Ou à la merveilleuse série télévisée The Crown, où Claire Foy incarne la jeune Elisabeth II d’Angleterre, un coquet feutre ajusté sur ses boucles pour toute sortie en public. Dans ces années-là, une fois le couvre-chef assujetti à la coiffure avec force épingles et barrettes, il restait sur la tête jusqu'à ce que la nuit les sépare. Quitte à ce que la belle, bien raide, se satisfasse d’un tiers de fesse posée sur le devant d’une chaise, pour préserver l’édifice. Aujourd’hui, les codes d’usage sont passés aux oubliettes et le chapeau se pose et dépose sans cesse. Ce qui nous ramène à la thématique du domptage de cheveux.

Une partie de moi ressent une pointe de nostalgie pour une période où le chapeau féminin était un ornement, au même titre qu’un ruban sur une bottine ou une broche sur un revers. Un période où il était aussi inutile et beau qu’un sourire à la vie. Aujourd’hui, on porte l’accessoire comme une armure : protection contre la bruine, contre la foule, contre les nouvelles qui pleuvent de la radio. Au fond, il n’y a pas que l’enjeu des cheveux: si je choisissais de porter un chapeau, je l’oublierais sans cesse, comme je le fais avec les parapluies. Je déteste me méfier de tout.

 

11/03/2017 08:26 | Lien permanent | Commentaires (0)

Une limande dans son filet

 Les people sont des gens dangereux. Gisèle Dupertuit et les autres humaines du réel ont beau peupler d’autres planètes que Kim Kardashian – peut-être vivent-elles en coloc avec des copines étudiantes ou dans un chalet sur les hauts de Siviez ou encore dans un manoir meublé d’antiquités, allez savoir… – elles finissent toujours un peu contaminées par les tendances virales que la pulpeuse brune répand autour d’elle. Et quand ce n’est pas dame Kardashian, ce sont les sœurs Hadid ou Cara Delevingne:  il y en a toujours une pour inventer un truc impossible que l’on se retrouve à copier, tout en se sentant idiote de le faire.

Dernière lubie de Kim, donc: le collant résille à mailles géantes, qu’elle porte sous un jean. On voit, en bas, des chevilles striées de losanges dans une paire d’escarpins; en haut un ventre nu au-dessus de la ceinture du pantalon, quadrillé lui aussi, car le collant est tiré à mi estomac. A porter avec un pull court, naturellement. Ah oui! Et il y a aussi Mariah Carey qui fait son fitness en body échancré sur les mêmes filets à gros trous… Cette fois, ce sont les fesses que l’affaire marque de son empreinte à carreaux.

Hum… Comment dire? Est-ce que le mot «élégance» a encore cours dans le vocabulaire vestimentaire? Celles qui ont déjà vu passer deux ou trois cycles de mode depuis qu’elles sont en âge de courir les boutiques entretiennent une certaine idée du bas résille. Voilà donc une pièce de lingerie difficile, car connotée soit bar de Far West soit rock punk avec des déchirures. Jusqu’à présent il y avait toutefois moyen d’apprivoiser la bête, avec de petites robes un peu rétro ou alors en chaussettes, sous des pantalons courts. Aujourd’hui on oublie de suite ce genre de bienséance pincée: le collant contemporain est surtout parent du filet à commission, celui qui s’étire au fur et à mesure qu’on le remplit et laisse apercevoir tout son contenu: melon, poisson, potiron… Il garde de cette filiation marchande un certain sens de l’étalage criard, un penchant pour la réclame à prix cassé: qui veut de ma panse fraîche emballée?

Evidemment – et sans doute heureusement… - la tendance est difficile à transposer hors d’Instagram. Même les filles bâties comme des limandes se prennent la chair dans les mailles et finissent saucissonnées comme dans une vitrine de boucher. Et en plus, ça tiraille et gratte… Alors tant pis pour les images de mode, tant pis pour les mannequins en vitrine, tant pis pour les explications des modologues. Essayons de nous vacciner un brin contre les épidémies de mode absurdes, avec une pensée pour les poissons du grand large: la pêche au filet est-elle vraiment une source d’inspiration esthétique?